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5, 4, 3, 2, 1, oublions tout. La parenthèse enchantée de la fin d’année s’ouvre. Pour deux semaines, ce sont les préparatifs de la période festive qui préoccuperont les Mauriciens et non les considérations quotidiennes du restant de l’année. Le monde de la politique n’échappe pas à la règle. Toutefois, deux hommes, Pravind Jugnauth et Navin Ramgoolam, sont sans doute d’humeur aussi studieuse que songeuse. C’est qu’à la même époque, en 2019, l’un des deux pourrait redevenir Premier ministre.

Les destins des hommes politiques majeurs du pays sont intimement liés. C’est le cas pour le chef du gouvernement ainsi que celui qui a occupé le poste entre 2005 et 2014. Jugnauth et Ramgoolam ont chacun deux batailles majeures – et de même nature – à livrer en 2019. Ils affronteront d’abord la justice. Puis, ils devront faire face à l’électorat en démontrant leur capacité à se réinventer.

De l’avis de nombreux juristes, le Premier ministre et le leader du Parti travailliste (PTr) peuvent tous deux espérer s’en sortir à bon compte de leurs rendez-vous respectifs avec la justice. Au Privy Council, lors de l’appel du Directeur des poursuites publiques de la décision de la Cour suprême d’innocenter le Premier ministre dans l’affaire Medpoint, Pravind Jugnauth risquerait, au pire, que les law lords demandent à la justice mauricienne de juger à nouveau l’affaire. C’est cette confiance autour de ce procès qui fait dire à certaines personnes que le Premier ministre devrait rappeler rapidement le pays aux urnes après une éventuelle victoire. Ce qui n’est pas une si bonne idée.

Face au Premier ministre, Ramgoolam et sa garde rapprochée ne semblent pas non plus inquiets de l’issue du procès Roches-Noires. Et la perspective d’une condamnation, sur une série d’infractions techniques – dans l’affaire des coffres forts –, pourrait ne pas indisposer le leader du PTr outre mesure. Surtout si la loi sur le financement des formations politiques entre en vigueur et que les partis ouvrent leurs comptes bancaires à partir de leurs pactoles respectifs qui se trouvent actuellement hors de notre circuit bancaire.

En 2019, le principal défi des deux leaders ne sera pas relevé dans les cours de justice mais bien sur le terrain politique. Sur le fond ou sur la forme, il sera question de rupture. Commençons par Jugnauth. Comme tout Premier ministre qui demande à l’électorat de lui confier un second mandat, le leader du MSM aura le réflexe de s’appuyer sur son bilan. Si le Premier ministre, cynique et opportuniste, appelle le pays aux urnes dans la première moitié de l’année, rapidement après son éventuelle victoire au Privy Council, il se privera du showcase des projets d’infrastructures majeurs.

Le discours de continuité contient lui-même un paradoxe. Car souvenons-nous que fondamentalement, le chef du gouvernement ne demande pas un second mandat. Il en réclame un premier ! Le chef du parti soleil a donc tout le loisir de prôner la rupture par rapport à sir Anerood Jugnauth (SAJ) et l’équipe qu’il a installée en arrivant au pouvoir. L’âge et le style ne sont que deux différences mineures entre l’actuel chef du gouvernement et son prédécesseur immédiat. La vraie démonstration de la volonté de rupture de Pravind Jugnauth – aidé ou pas par une nouvelle alliance – passe par un renouvellement drastique de l’équipe qui l’entoure.

S’il n’est pas peureux, Jugnauth peut ainsi priver au moins une quinzaine des 23 ministres actuels d’une investiture aux prochaines législatives. Tout en réservant le même sort à plusieurs de ses députés. Cela lui permettrait d’affirmer sa volonté de s’entourer d’une équipe renouvelée enfin en mesure de réaliser les ambitions de son gouvernement. La rupture, pour le patron du MSM, revient à clore l’ère Soodhun ou Koonjoo.

Pravind Jugnauth est tenté par un discours de continuité alors que le pays s’attend à ce qu’il rompe avec les méthodes et l’ordre établis. Navin Ramgoolam, lui, fait l’inverse. Depuis 2016, il se gargarise de la politique de rupture qu’il entend mener, s’il est réélu. Or, le patron des rouges ne cesse d’envoyer des signaux contradictoires. D’abord sur son équipe. On comprend qu’il n’annonce pas ses nouvelles recrues de premier plan avant que l’échéance électorale ne soit connue. Mais entre-temps, son parti et lui, rassemblement après rassemblement, offrent le même tableau d’anciens combattants de la politique. Dont la plupart ne sont d’ailleurs ni aimés ni respectés de l’électorat dont ils briguent les suffrages.

Puis, il y a Ramgoolam lui-même. Vendeur hors-pair, l’ancien Premier ministre pourrait convaincre des esquimaux de lui acheter des réfrigérateurs. Mais il demeure peu convainquant quand il se dit désormais grand défenseur de la liberté d’expression ou de la transparence. Jurant même de temps en temps : «Si mo ti Premie minis, sa pa ti pou ena sa.» Or, quand il dirigeait le pays, des journalistes ont été arrêtés, il s’est prononcé fermement contre une Freedom of Information Act. Tout comme il s’est assuré que des rapports de Fact-Finding Committees – comme celui sur le MITD – restent dans un tiroir. Trop sûr de lui, Ramgoolam ne voit probablement pas que la moitié du bassin électoral dont il puise habituellement sa force est indécise. Ignorant aussi que ses discours éculés et ses rodomontades n’aident pas cet électorat à se décider en sa faveur.

365, 364, 363… Dans un an, Jugnauth ou Ramgoolam sera le Premier ministre de ce pays. C’est celui qui aura rompu avec le passé qui gagnera.

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