Durant la semaine écoulée s’est tenue, à New York, la session spéciale de l’Assemblée générale des Nations unies sur les drogues (UNGASS). Cette instance est la plus haute des Nations unies. Elle ne s’était pas réunie pour discuter des drogues depuis 18 ans.

Pourquoi maintenant ?

Parce que de plus en plus de pays demandent une nouvelle approche concernant les lois sur les drogues. L’Organisation des Nations unies (ONU) a donc décidé de se réunir pour en discuter au plus haut niveau, et a invité les représentants gouvernementaux de tous les pays à y contribuer.  Chacun y était pour présenter son modèle national de lois sur les drogues, et pour faire des recommandations basées sur ce modèle, et surtout sur les recommandations d’institutions comme l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et l’ONUSIDA.

Il y a d’un côté les Etats conservateurs tels que la Russie, la Chine, l’Egypte, l’Arabie saoudite, dont certains prônent la peine de mort pour des délits liés aux drogues. Dans la réalité, ce sont souvent des consommateurs et des mules qui se font prendre, alors que le problème demeure entier et les vrais trafiquants demeurent impunis.

Il y a, de l’autre, des Etats plus progressistes dont l’Uruguay, le Canada, la Suisse, la République Tchèque, le Portugal, ou la Jamaïque, qui prônent pour certains la régularisation du cannabis ou la décriminalisation des drogues. Ces pays-là, au contraire, prônent un système qui gardera les usagers de drogue loin des prisons, car la prison n’est pas la solution aux problèmes de dépendance aux drogues.

Cette conclusion, certains l’ont tirée de leur expérience, comme le Portugal qui, depuis 15 ans, a cessé d’emprisonner les usagers de drogue. Certains ont lu les rapports des techniciens, des professionnels de la question, des agences de l’ONU comme l’OMS qui recommande justement que les usagers de drogue ne soient pas envoyés en prison, et ont compris que la science doit diriger les débats autour de la question des drogues, et non pas l’idéologie.

Et puis, il y a Maurice.

Maurice nage dans une idéologie déconcertante en matière de lois sur les drogues. Pour couronner le tout, le siège de Maurice aux débats de l’UNGASS aux Nations unies était désespérément vide.

Maurice a mené une Commission d’enquête sur les drogues en 1986. A l’époque, Maurice se réveillait à peine du choc des Amsterdam Boys, quand 4 membres du Parlement mauricien avaient été arrêtés à Amsterdam avec une valise d’héroïne. A l’époque, les Mauriciens pensaient que le problème de drogue était marginal et qu’il suffisait de dénoncer les trafiquants afin qu’ils soient arrêtés et que Maurice devienne un pays sans drogue.

30 ans après, alors que la situation a évolué au niveau national et international, la drogue est plus présente que jamais dans notre pays. Aussi, Maurice remet une couche avec la nouvelle Commission d’enquête sur la drogue. Qui plus est, Maurice exige que les organisations non gouvernementales (ONG) aillent dénoncer les trafiquants de drogue. Et les politiciens et autres bien-pensants s’offusquent que les ONG ne jouent pas à ce jeu malsain. Les ONG ont bien fait des recommandations sur les différents modèles de lois sur les drogues. Cependant, cela semble être passé inaperçu, alors que ce qui est demandé aux ONG, non sans insistance, ce sont des noms de trafiquants.

Qu’est-ce qu’un trafiquant ?

Contrairement à ce que beaucoup de personnes semblent penser, il n’y a pas de barrière très définie entre ce qu’est un trafiquant, une mule, un petit dealer, un consommateur. Certains peuvent se retrouver à divers étapes de cette échelle à différents moments de leur vie. Bien que de manière générale, les gros trafiquants se trouvent d’un côté de cette échelle et les petits consommateurs de l’autre, il y a entre ces deux extrêmes de grandes zones grises qui ne peuvent pas être ignorées.

Certains consommateurs sont aussi de petits trafiquants qui font du deal dans le but de soutenir leur propre consommation, ou subvenir aux besoins de leur famille. Quelqu’un peut être un petit ou moyen trafiquant et, quelques années plus tard, un consommateur problématique en rupture sociale, qui a besoin de services de santé et de services sociaux. Les ONG sont donc très mal placées pour juger qui de leurs bénéficiaires sont les gentils et qui sont les méchants.

Les organisations qui offrent des services aux usagers de drogues doivent avoir la confiance absolue de leurs bénéficiaires, dans un esprit de non-jugement. Au cas contraire, ces derniers ne viennent pas chercher nos services, et cela n’améliorera pas forcément leur situation sociale ou leur santé. Quelle confiance auront-ils si ceux qui donnent les services sociaux sont aussi ceux qui les dénoncent aux autorités ? Une ONG a une responsabilité de confidentialité absolue envers ses bénéficiaires, et ce rôle ne peut pas s’entremêler avec celui que doit jouer la police. Il serait grand temps que nos dirigeants le comprennent et cessent leur croisade contre les ONG dont le but premier est de protéger la santé et la vie sociale de leurs bénéficiaires.

Et Maurice n’a toujours pas compris que donner des noms aux autorités ne changera pas la donne en matière de trafic de drogue. Sinon, nous aurions réglé le problème il y a 30 ans.

Que les autorités comprennent qu’ils sont en retard en matière de drogue. Qu’ils s’intéressent à ce qui se fait au niveau international. Qu’ils envoient des représentants participer aux comités et autres conférences internationales où des techniciens et experts exposent différents modèles à être pris en compte dans la gestion de la question des drogues. Que la science dirige les débats, plutôt que cette idéologie naïve. Et que les autorités comprennent que les ONG ne sont pas là pour jouer le rôle du proxénète pour les autorités.

A chacun son métier, et les vaches seront bien gardées.