Aujourd’hui, notre gouvernement fait face aux défis liés au trafic de drogues. Si certains membres du gouvernement ont compris que la fameuse ‘war on drugs’ n’a pas marché et ne marchera pas, il semblerait qu’une majorité, pour diverses raisons, soutient qu’un ‘Drug-Free Mauritius’ est toujours possible avec plus de répression. En discutant avec des proches, je réalise qu’il y a eu beaucoup de mécompréhensions sur cette question et les démystifier pourrait peut-être améliorer nos politiques des drogues à Maurice.

Alors dénonçons ces mythes !

Mythe : Toutes les drogues sont dangereuses – le cannabis, les drogues synthétiques, l’héroïne – et si nos lois sont plus souples, cela démontrera que leur consommation est acceptable dans notre société.

Dénonçons : Certaines drogues sont plus dangereuses que d’autres, dépendant bien entendu de la personne, de la dose et de la fréquence de la consommation. Malheureusement, aujourd’hui le business des drogues illégales est entre les mains de mafias dont le seul mobile est le profit. Un changement de lois, dépénalisant l’usage et plaçant les produits psychoactifs sous contrôle de l’Etat, montrera que notre gouvernement est déterminé à réduire le trafic des drogues illégales à Maurice et de mieux protéger notre pays et nos citoyens.

Mythe : Avec des lois plus souples, la consommation des drogues illégales augmentera.

Dénonçons : Les données (lire ici et ici) démontrent qu’il n’y a pas de lien entre lois sévères et consommation des drogues. Bien au contraire, dans les pays tels que le Portugal ou les Pays-Bas qui ont changé leurs lois sur les drogues, il n’y a pas eu d’augmentation de la consommation. Alors que dans les pays comme la France qui maintient un haut niveau de répression, la consommation de cannabis est conséquente. [suite du texte plus bas]

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Mythe : Il y a trop de décès causés par la consommation des drogues et il nous faut maintenant bien plus de répression pour empêcher le trafic.

Dénonçons : Il semble que la majorité des décès sont causés par une overdose ou par des complications au niveau du foie causé par l’hépatite C. La bonne nouvelle, c’est qu’aujourd’hui, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) recommande l’utilisation du Naloxone qui est un traitement qui peut réduire le nombre d’overdose. L’OMS recommande que ce traitement soit disponible aux personnels soignants, la famille et aux personnes qui consomment et peuvent ainsi immédiatement aider une personne qui montre des signes d’overdose. L’autre bonne nouvelle, c’est que notre gouvernement a pris l’engagement de traiter les personnes vivant avec l’hépatite C.

Malheureusement, ni le traitement de Naloxone ni le traitement d’hépatite C ne sont actuellement accessibles aux personnes qui consomment des drogues à Maurice.

Mythe : Nos lois sévères empêchent que nos jeunes aient accès aux drogues dangereuses et si on change ces lois, nos enfants seront plus vulnérables.

Dénonçons : Nos lois répressives n’arriveront pas à empêcher nos jeunes d’acheter des drogues ; au contraire, nos jeunes peuvent avoir facilement contact avec des dealers pour avoir leur pouliah ou leurs doses. C’est la responsabilité de notre gouvernement de régulariser ces drogues, exactement comme il le fait pour d’autres drogues dangereuses comme l’alcool, les comprimés (médicaments) et le tabac. Ainsi, c’est notre gouvernement qui décidera qui peut acheter ces drogues, à quel âge et à quelle heure. N’oublions pas que les dealers, eux, ne demandent pas la carte d’identité, mettant à risque nos enfants. Il est grand temps que notre gouvernement protège nos enfants en reprenant le marché des drogues des mains de la mafia.

L’Unicef a publié un rapport en 2013 qui évalue le bien-être des enfants dans 29 pays industrialisés. [suite du texte plus bas]

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Le Portugal, qui a décriminalisé l’usage et la possession de toutes les drogues en 2001, s’en est plutôt bien sorti : seuls 10% de ses enfants avaient consommé du cannabis, l’un des taux les plus bas des 29 pays. Comparez cela avec les États-Unis, où 22% de leurs enfants ont consommé du cannabis. L’Unicef a également souligné qu’en 2001-2002, 19% des enfants portugais avaient consommé du cannabis. Cela signifie que, loin d’une explosion de la consommation de drogues chez les enfants, le nombre d’utilisateurs de cannabis chez les enfants a presque diminué de moitié depuis la décriminalisation. Beaucoup de gens s’attendraient à ce que les Pays-Bas aient le pourcentage le plus élevé de jeunes utilisateurs de cannabis en raison de ses fameuses politiques libérales. Cependant, seulement 17% des enfants néerlandais ont consommé du cannabis. On constate également une baisse du chiffre depuis 2001. Nous pouvons conclure, d’après les conclusions de l’Unicef, que vous ne pouvez pas prédire le niveau de consommation de drogues d’un pays en examinant ses politiques.

Mythe : Selon le Gateway Theory, les personnes qui consomment le cannabis sont plus à risque de consommer d’autres drogues comme l’héroïne.

Dénonçons : Examinons les chiffres concernant la consommation de cannabis et de l’héroïne dans le monde. Si la consommation de cannabis encourage la consommation de l’héroïne, on aurait eu, au fil des années, une augmentation du nombre de personnes utilisant l’héroïne. Par exemple, en 2003, 160 900 000 personnes ont rapporté utiliser le cannabis. Si le Gateway Theory était vrai, ces personnes commenceraient à utiliser de l’héroïne au fil des années. Cependant, dix ans plus tard, le nombre de consommateurs de l’héroïne ne démontre pas cela (16 690 000 en 2013). [suite du texte plus bas]

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Mythe : il est grand temps de remettre la peine de mort à Maurice pour arrêter les trafiquants qui sont en train de tuer nos enfants.

Dénonçons : Dans les pays qui pratiquent toujours la peine capitale, ce sont souvent les personnes vulnérables comme des jeunes ou des personnes exploitées par de vrais trafiquants pour être des dealers ou des mules qui sont condamnées. Par exemple, le jeune Shahrul Izani (photo) a été condamné en Malaisie pour possession de 622 g de cannabis en 2003, alors qu’il n’avait que 19 ans ! [suite du texte plus bas]

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L’Iran utilise aussi la peine de mort, mais même les autorités iraniennes avouent que la peine capitale n’a pas eu d’impact conséquent sur la question des drogues. En 2007, Amnesty International indique qu’il y a eu au moins 317 exécutions en Iran. Ce chiffre augmente à 346 en 2008, en 2009, il y a 388 exécutions et en 2011, 676 exécutions ont eu lieu en Iran. Malheureusement, ces exécutions ont eu peu d’impact sur le trafic : en 2009, 25 tonnes d’héroïne sont saisies et ce chiffre augmente l’année suivante ; 27 tonnes d’héroïne saisies en 2010 alors qu’en 2011, il y a eu une augmentation de saisie d’amphétamines. De plus, les arrestations et les condamnations peuvent être basées sur de faux témoignages : par exemple, Mahmood Barati, un enseignant iranien, a été condamné à mort basé uniquement sur un faux témoignage donné par un autre prisonnier ayant une drug charge.

Mythe : Le premier police case pour consommation n’entraîne pas nécessairement une arrestation et une condamnation. Les personnes sont souvent référées à des centres de traitement.

Dénonçons : Est-ce que TOUS les consommateurs des drogues ont besoin d’un programme de detox ? Selon le World Drug report de 2015, la grande majorité des personnes (89%) qui utilisent les drogues illégales n’ont pas un usage problématique, c’est-à-dire que ces personnes sont bien intégrées et contribuent à la société. Seuls 11% ont un usage problématique : un usage à haut risque ou une dépendance qui nécessite ainsi un soutien médical.

Aussi, les personnes restent black-listed par la police, et peuvent avoir des difficultés à avoir un travail s’ils n’ont pas de certificat de caractère et restent stigmatisées à vie.

Mythe : Le traitement pour les personnes qui consomment les drogues existent et des sessions de prévention aident à réduire le nombre de personnes qui consomment.

Dénonçons : Malheureusement, les services de santé à Maurice sont principalement centrés sur la détoxification. Par contre, les médicaments normalement recommandés pour une dépendance à l’héroïne sont la méthadone et le Subutex. Peu de personnes savent où et comment traiter la dépendance des drogues, surtout pour nos jeunes qui n’ont pas accès à ces traitements.

La prévention est menée principalement par des anciens usagers de drogues ou par la police et ces sessions sont axés sur ‘say no to drugs’. Souvent, ces sessions utilisent la peur pour empêcher l’usage et incluent des éléments religieux ou morales. Ces préventions ne tiennent malheureusement pas en compte que les jeunes consomment déjà et que ce qui est nécessaire, c’est aussi des outils pour équiper les jeunes à refuser des situations à hauts risques. Et bien sûr, les sessions devront prendre en considération les jeunes qui sont en situation vulnérable et si la personne est déjà en train de consommer, il faudrait l’informer sur les éléments qui permettent une consommation moins dangereuse pour leur santé.