« Parvenir à une croissance bien partagée. » C’est là, pour Victor Sulla, le « principal enjeu de l’actuel modèle de croissance de Maurice ». L’économiste senior à la Banque mondiale est le principal auteur du rapport Inclusiveness of Growth and Shared Prosperity sur Maurice. Ce document, réalisé à la demande du ministère des Finances, se penche sur les inégalités de revenu et la prospérité partagée alors que le pays ambitionne de devenir une high-income economy.

Le constat de la Banque mondiale : les inégalités de revenu se sont creusées en raison des changements économiques amorcés dans les années 2000 mais aussi de « la détérioration des secteurs primaires traditionnels ». Ce qui a eu un impact négatif sur les indicateurs de prospérité partagée du pays et sur le niveau de pauvreté relative. Si la pauvreté absolue a enregistré une baisse durant la période 2007 à 2012 pour passer de 8,5% à 6,9%, les rédacteurs du rapport notent toutefois une hausse de la pauvreté relative, qui passe de 8,5% à 9,8%. Or, selon le rapport, le chiffre enregistré quant à la baisse de la pauvreté absolue aurait pu être double si « la croissance était mieux partagée et que les inégalités ne s’étaient pas accentuées ».

« Le visage de la pauvreté à Maurice est majoritairement jeune », selon les rédacteurs du rapport Inclusiveness of Growth and Shared Prosperity. Elle touche le plus des familles nombreuses avec un unique chef de famille, peu éduqué. Ceux au plus bas de l’échelle tendent à y rester à cause de leurs « liens ténus » avec le marché du travail, de leur faible niveau d’éducation mais aussi de problèmes de santé. La pauvreté est « particulièrement élevée » parmi ceux qui ne travaillent pas, dont de nombreuses femmes, et 26% de Mauriciens vivant sous le seuil de pauvreté ont un emploi. La pauvreté, plus élevée parmi les cols bleus, « a tendance à augmenter » dans ce segment.

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La vulnérabilité économique est « une tendance inquiétante », note les rédacteurs du rapport, qui touche aussi la classe moyenne. Si la « majorité de la population » en fait partie, cette catégorie se réduit toutefois, selon les auteurs du rapport, passant de 79,9% à 77,2% durant la période 2007-2012. Faire partie de la classe moyenne aisée (55% de la population) semble conditionnelle aux emplois spécialisés et à des études universitaires de qualité. De plus, 75% des employés du secteur public font partie de cette catégorie, contre 53% de ceux employés dans le secteur privé et 43% de ceux engagés dans le secteur de l’exportation. Ceux employés dans les secteurs de l’agriculture et manufacturier sont toutefois plus vulnérables. Tout comme l’est une partie de ceux qui appartiennent à la lower middle class et qui risquent de retomber dans la pauvreté. Les plus précaires : les personnes employées dans le secteur des services aux ménages.

Pour réduire, voire éliminer la pauvreté, la croissance est aussi importante que la réduction des inégalités selon la Banque mondiale. L’institution recommande, outre une baisse du chômage et un accroissement de la productivité, de mettre en place une protection sociale mieux ciblée et plus efficiente.

« L’accession au statut de pays à revenu élevé, souligne le rapport, nécessitera un examen rigoureux du modèle économique du pays, s’agissant notamment de sa capacité à améliorer les compétences de la main-d’œuvre, à développer l’infrastructure et à renforcer le cadre des affaires pour attirer des investissements directs étrangers et susciter des investissements intérieurs. » Notamment en soutenant la recherche et le développement, à travers des réformes pour un service public plus efficace et transparent, mais aussi en trouvant un équilibre entre la protection des droits des travails et une certaine flexibilité sur le marché du travail.

Le rapport relève, en effet, que la compensation salariale et les remuneration orders ont « rarement l’impact voulu sur la détermination des salaires ». Plus « troublant » pour la Banque mondiale : la hausse jugée « disproportionnée » des salaires dans le secteur public de l’ordre de 23,5%, contre 7% dans le privé.

La Banque mondiale préconise également de réduire le problème de « skills mismatch » afin d’accroître l’employabilité, et de s’attaquer aux inégalités salariales et autres touchant les femmes sur le marché du travail.

« Nous pensons que Maurice dispose des atouts nécessaires pour concrétiser son ambition de devenir un pays à revenu élevé », estime Mark Lundell, directeur des opérations à la Banque mondiale pour Maurice, le Mozambique, Madagascar, les Seychelles et les Comores. Cela « grâce à la mise en œuvre d’un programme de réformes adéquat ».

Lire l’intégralité du rapport ‘Inclusiveness of Growth and Shared Prosperity’ ici.