…une femme. Si l’expression a plus de 200 ans, aujourd’hui encore, sa pertinence ne souffre d’aucune contestation. Surtout pas dans le monde politique. D’Eleanor Roosevelt à Joséphine Bonaparte en passant par Kasturba Gandhi, toutes ont eu une influence considérable sur leurs maris. Loin de n’être que des confidentes et des soutiens moraux, elles ont profondément influé l’action politique de leurs conjoints et, dans certains cas, même les lois de leurs pays. Maurice ne déroge pas à cette règle. Ailleurs comme ici, les femmes des politiques et, parfois, leurs maîtresses aussi, obtiennent ou usurpent un pouvoir considérable.

Maurice en a fait la douloureuse expérience durant le dernier mandat de Navin Ramgoolam. Il aura beau s’excuser d’avoir commis une erreur, n’empêche, l’ancien Premier ministre a consciemment, activement et obstinément permis à Nandanee Soornack de dérailler son action politique. En faussant significativement le sens des priorités de l’ancien chef du gouvernement. Faisant presque de Ramgoolam un consultant en business development des entreprises de la femme d’affaires actuellement exilée en Italie.

Laissons toutefois de côté les second women pour nous intéresser aux First Ladies. Maurice n’en a connu que quatre depuis l’indépendance. Dont deux – Lady Sushil Ramgoolam et Veena Ramgoolam – distinguées mais discrètes. Dont le soft power a été exercé avec retenue. Arline Bérenger a, elle, eu un rôle très effacé durant les 19 mois pendant lesquels Paul Bérenger a été à la tête du gouvernement MSM-MMM. Puis, il y a Lady Sarojini…

De toutes, c’est la First Lady la plus influente jusqu’ici. Des alliances politiques ont été conclues à la faveur de son arbitrage – malgré les réserves et incertitudes initiales de sir Anerood Jugnauth (SAJ). De vieilles rancœurs politiques ont aussi été enterrées grâce à sa capacité de persuasion. L’omniprésence et l’omnipotence de Lady Sarojni sont connues depuis 1992 au moins. Quand la Banque de Maurice avait commis une faute de goût – courante dans les républiques bananières – en plaçant son effigie sur le billet de Rs 20 d’alors.

Depuis, SAJ a rappelé, ému, à quel point il a su compter sur le soutien de son épouse au fil de sa carrière politique. La place de Lady Sarojini est telle que des membres du MSM se sont prononcés en faveur de sa candidature à Piton/Rivière-du-Rempart si jamais le retrait de SAJ comme Premier ministre s’accompagne également de sa démission comme député.

Le départ attendu de l’actuel Premier ministre placera alors sur orbite une nouvelle First Lady : Kobita Jugnauth. Si la femme de Pravind Jugnauth demeure discrète en public, son influence politique est considérable. Probablement même plus importante que celle de Lady Sarojini. Car la sienne s’exerce de manière diffuse bien au-delà du leader du MSM. Durant la dernière campagne électorale, par exemple, Kobita Jugnauth a directement supervisé certaines activités et stratégies de l’Alliance Lepep.

C’est que contrairement à sa belle-mère, Kobita Jugnauth est issu d’un sérail politico-économique. Largement grâce à l’influence et au réseau de son père : sir Kailash Ramdanee. Gérard Sanspeur est certes le Senior Adviser de Pravind Jugnauth, il a aussi été un collaborateur du père de Kobita Jugnauth. D’autres personnes gravitant autour du MSM n’hésitent pas à admettre qu’ils discutent de politique avec l’épouse de leur chef. Confiant même que certains messages passent mieux s’ils sont relayés à travers celle-ci. Prakash Maunthrooa, conseiller au bureau du Premier ministre, en sait quelque chose, ayant étroitement collaboré avec Kobita Jugnauth lors des dernières élections générales. Une collaboration qui ne s’est d’ailleurs pas estompée depuis.

Puis, la First Lady to be dispose de sa propre sphère d’influence. Son frère Sanjive Ramdanee est à la tête de plusieurs entreprises familiales, dont des établissements hôteliers. Il compte parmi ses amis Sherry Singh, l’actuel patron de Mauritius Telecom… mais aussi un cadre d’Air Mauritius qui défraye actuellement la chronique. Kobita Jugnauth est ainsi au confluent de réseaux politiques et économiques. Ce qui lui donne une influence que même Lady Sarojini n’a jamais vraiment eue… jusque dans les plus hautes sphères de nos institutions.

C’est donc tout naturellement qu’attirés par ce rayonnement, toute une série de satellites s’est mise à graviter – ou à tenter de le faire – autour de l’épouse de Pravind Jugnauth. Un peu comme ces parasites qui – croyant l’heure du ministre des Finances arrivée – se sont mis à ne plus trop accorder d’importance ni de respect à SAJ. Ainsi, pendant que le pays entier se focalise sur les divergences possibles entre le père et le fils, deux autres styles d’influence très différents s’exercent en coulisse.

Mais contrairement à Pravind Jugnauth et à SAJ qui ont parfois de profondes divergences politiques sur la stratégie gouvernementale, Lady Sarojini et Kobita Jugnauth s’entendent sur un point fondamental : l’avenir appartient à Pravind Jugnauth. Les différences d’opinions et de styles font peu de poids face à l’ambition que nourrissent une mère et une épouse pour le même homme. Il y a de quoi modifier l’expression : parfois, derrière un homme, se cachent deux femmes !