Le ministère de l’Industrie et du Commerce a annoncé, cette semaine, que des fibres d’amiante (actinolite, anthophylite, amosite et trémolite) ne figurent plus sur la liste des produits interdits à l’importation. Une mesure qui semble anodine mais qui surprend, voire inquiète. L’amiante est, en effet, connu pour être un produit cancérigène et est interdit dans de nombreux pays. Maurice avait d’ailleurs décidé d’interdire l’importation de produits amiantés suivant les recommandations du rapport Addison en 2002. Un plan d’action national avait aussi été élaboré.

Contacté, le ministère de l’Industrie et du Commerce indique que c’est pour « faciliter le commerce » que les amendements cités plus haut ont été promulgués, début juin, dans les Consumer Protection (Control of Imports) (Amendment) Regulations 2015. Interrogé sur la dangerosité des fibres d’amiante, le ministère indique que les importateurs éventuels « devront, au préalable, obtenir le ‘clearance’ et les autorisations nécessaires auprès du ministère de la Santé » avant de pouvoir faire entrer ce type de produit sur le territoire mauricien. Et de préciser que des officiers de la Santé ont siégé sur le comité qui a décidé de la levée d’interdiction.

Le ministère de la Santé a été sollicité pour une réaction. ION News est en attente de celle-ci.

« Décision scandaleuse »

Dans le monde syndical, de vives inquiétudes se font entendre suite à la décision de lever l’interdiction d’importer ces fibres d’amiante de type amphibole. Des questions sont notamment posées quant à la sécurité des personnes, notamment les employés du port et de l’aéroport mais aussi ceux d’éventuels importateurs, qui pourraient être en contact avec ces produits. Si les Occupational Safety and Health (Control of Asbestos at Work) Regulations régulent la manipulation de l’amiante sur les lieux de travail, en recommandant notamment le port d’équipement spéciaux, le transport et le stockage en cas d’importation n’y figurent pas.

Pour Reaz Chuttoo, cette décision du ministère de l’Industrie et du Commerce est « absolument scandaleuse ». Le syndicaliste a été très actif au sein du Committee for banning asbestos. « Comment un gouvernement responsable peut-il autoriser l’importation de produits nuisibles à la santé publique ? » se demande-t-il. « Le ministre Soodhun lui-même, déclare Reaz Chuttoo, s’était élevé en 2007, alors qu’il était député de l’opposition, contre la vente d’ex-maisons CHA amiantées qu’il avait qualifiées de ‘tombeaux’. »

L’amiante est responsable de cancers, du poumon notamment. Un Mauricien, ex-employé d’une usine sucrière, est d’ailleurs décédé en 2011 de mésothéliome, une forme rare de cancer du poumon. Causé, avance sa famille dans le procès intenté actuellement en Cour suprême contre l’ex-employeur de cet homme, par son exposition à l’amiante sur son lieu de travail.

Maisons amiantées

L’amiante est un « groupe de minéraux fibreux d’origine naturelle », explique l’Organisation mondiale de la Santé. Elle a été beaucoup utilisée dans le domaine de la construction. A Maurice, des logements sociaux de type EDC ont été construits dans les années 60, suite au passage du cyclone Carol, avec des plaques d’amiante. Notamment dans le district de Savanne/Rivière-Noire.

OMS pourquoi amiante pose probleme

Image : Capture d’écran du site de l’OMS.

Au Parlement, en début d’année, Showkutally Soodhun avait assuré qu’un comité a été mis sur pied pour se pencher sur les 479 maisons EDC amiantées à Bel-Ombre, Case-Noyale, La Ferme, l’Embrasure, La Mivoie, Petit-Bien, Surinam et Tamarin. Une site visit était même prévue, selon le ministre du Logement et des Terres. « Nous allons donner priorité à ces maisons », avait insisté Soodhun. En 2013, on avait recensé plus de 2 000 maisons contaminées à l’amiante.

La question de la compensation aux propriétaires/résidents des maisons amiantées a aussi été évoquée à l’Assemblée nationale. Le 24 avril 2007, le député Shakeel Mohamed interpellait le ministre du Logement d’alors. Et lui rappelait que dans son rapport, le Dr Sibartie, du ministère de la Santé, recommandait que : « Le gouvernement devrait être responsable de payer et de compenser toutes ces personnes puisque le gouvernement était responsable de la construction de ces maisons. »

Dans le Budget 2015, le gouvernement a fait provision de Rs 100 millions pour le problème de présence d’amiante dans les bâtiments publics. Car conscient des « injurious effects » sur la santé de la population.

Photo d’archives : Des personnes faisant la queue au bâtiment Emmanuel Anquetil, à Port-Louis. Celui-ci, aussi connu comme le Registrar Building, a été déclaré ‘prohibited area’ en 2010 après la découverte de la présence d’amiante pendant des travaux de rénovation.