Quand 455 jeunes de 16 à 29 ans expriment leur opinion sur la politique, il faut les écouter. L’étude de l’Institute of Social Development and Peace (ISDP) a été réalisée en octobre et novembre 2014; avant les dernières élections législatives. Mais un peu plus d’un an après, ses conclusions demeurent pertinentes.

Le couple jeune/politique a déjà réalisé quelques miracles. En mettant le MMM sur la carte électorale en 1976. En concrétisant le premier 60-0 de notre Histoire en 1982. Ou encore en faisant mentir l’arithmétique électorale 40% + 40% = 60-0 en 2014. En effet, près de deux jeunes sur trois (64%) ont dit vouloir aller voter en 2014. Ils ont ainsi directement contribué à installer l’Alliance Lepep au pouvoir. Mais les conclusions de l’étude de l’ISDP sont toutefois inquiétantes. Car elles indiquent que les jeunes et la politique sont en instance de divorce.

Globalement, près de 6 jeunes sur 10 (54%) se disent plus ou moins rebutés par la politique. A peine un tiers (36%/37%) des personnes sondées soutiennent un leader politique ou un parti en particulier. « Sales », débordants de « roder bout », trop ethnicisés, les partis ne trouvent pas grâce auprès des jeunes. Le pire, c’est que leur opinion, arrêtée en apparence, ne repose pas sur des éléments quantifiables. Mais plutôt sur des impressions générales ou alors des informations parcellaires.

Ainsi, moins d’un jeune sur quatre (23%) se tient informé de la politique à travers les médias. A peine 43% le font sur les réseaux sociaux. Si 2 sondés sur 3 (64%) pensent avoir des connaissances en politique, le principal lieu (39%) d’apprentissage et d’échange sur la question demeure le toit familial. Il n’est donc pas étonnant que chargés de ce léger bagage, la très grande majorité des jeunes interrogés souffrent d’un déficit de connaissances rudimentaires sur la Constitution, le système électoral ou encore le fonctionnement de nos institutions.

C’est d’ailleurs l’une des conclusions les plus paradoxales de cette étude : les jeunes délaissent la politique sans toutefois avoir une réelle compréhension de notre système politique et institutionnel. Quelle valeur accorder donc à leurs demandes pour une réforme électorale, l’émergence d’une nouvelle alternative politique et à une meilleure place aux jeunes au sein des formations politiques existantes ?

Il faut bien évidemment éviter de formaliser à outrance ce qui doit être su ou pas en politique. Il ne faut pas être expert en droit pénal pour savoir qu’un meurtrier doit être jugé et condamné. De la même manière, sans être un érudit, chacun constate la place trop importante qu’a prise l’argent au sein des partis ; où les leaders règnent en maîtres absolus. Tout comme nous mesurons tous l’iniquité d’un système électoral qui peut infliger un 120-0 aux municipales ou un 60-0 aux législatives alors même que le parti perdant a rassemblé un cinquième, voire un tiers des suffrages.

L’étude identifie ainsi – et entre autres – deux causes du désamour des jeunes pour la politique. D’une part, les médias incapables d’expliquer clairement, et dans un format attractif, ces enjeux aux jeunes. Qui, d’autre part, blâment à leur tour une classe politique mainstream qui se complaît dans le système actuel.

Le manque de communication, dit-on, est un des principaux facteurs expliquant les divorces. Dans le cas du couple jeune/politique, il est évident qu’ils ont de moins en moins de choses à se dire. Engoncés dans leurs pesanteurs et leurs leaderships tout-puissants, il ne faut pas trop compter sur les partis installés pour parler aux jeunes autrement. Quant aux nouvelles formations, nous attendons probablement tous avec un peu de dépit, ceux qui se regrouperont sans avoir la tentation de se jeter ensuite kare kare au bras d’un parti mainstream. Ou d’accepter, seul ou ensam d’aller prêter main forte à ceux qu’ils dénonçaient hier encore.