Les critiques abondent dans le sens que notre soumission au COP21 est inadéquate. Notre Intended Nationally Determined Contribution (INDC) est un document sommaire de 6 pages, assez flou dans ses propositions, sans détails sur ses objectifs et, surtout, incertain dans sa mise-en-œuvre. L’objectif de réduire nos émissions de 30% d’ici 2030, relatif au « business-as-usual », est sujet au soutien international. Un budget de US $ 5,5 milliards est estimé nécessaire, dont US $ 4 milliards pour l’adaptation.

Or, nous savons que l’efficacité énergétique et la maîtrise de la demande peuvent nous apporter une réduction de 20% à l’horizon 2030. Pour l’électricité, une baisse équivalente de plus de 1 200 GWh par an est possible. Et si d’ici 2025, nous arrivons à 35% de sources renouvelables dans notre production électrique, il est clair que notre INDC est sous-estimée. En y ajoutant notre capacité comme puits de carbone, par la reforestation et par notre zone marine, nous pouvons faire encore mieux. Mais là n’est pas le vrai problème !

Pari impossible ?

Seulement environ 150 pays ont soumis leurs INDC, soit plus de 15% des émissions globales ne sont pas prises en compte. Il y a de quoi s’inquiéter devant le manque d’engagement de certains, et non des moindres. L’Australie, le Canada et la Russie deviendront les plus grands pollueurs en CO2 par tête d’habitant, cette dernière augmentant même ses émissions absolues. Même le Japon, qui nous avait donné le précédent Protocole à Kyoto, fait pâle figure. L’Inde, l’incontournable puissance économique, commerciale et industrielle de ce siècle et pays qui sera le plus peuplé, cite les Vedas et Mahatma Gandhi, mais ne fait pas toujours suivre la parole par les actes. Elle ne s’engage essentiellement que sur une réduction de l’intensité de ses émissions avec comme condition l’accès à une aide internationale. Or, avec ses investissements de 175 GW d’énergies renouvelables déjà prévues en 2022, l’Inde peut faire mieux sans rien attendre des autres. Aussi, elle ne chiffre pas sa réduction par l’efficacité énergétique, laissant apparaître un besoin de quadrupler sa dépendance sur le charbon d’ici 20 ans. Ainsi, même si tous les pays concrétisent leurs engagements dans les INDC, la hausse de température globale sera de 2,7°C, bien plus que le 1,5°C qu’exigent les pays les plus vulnérables et loin du 2°C visé par le COP21. Mais encore, là n’est pas le vrai problème !

Quelle mise-en-œuvre ?

Il est évident que tout le monde peut mieux faire, infiniment mieux pour certains. Les puissances économiques que sont l’UE, la Chine et les États-Unis passent la rampe car le mécanisme de l’INDC est en leur faveur. Ils nous font oublier qu’ils sont, historiquement, les principaux responsables du changement climatique. Il faudra donc les juger pas uniquement sur leurs engagements nationaux, mais aussi sur leurs efforts à faciliter la mise-en-œuvre des mesures préconisées dans le reste du monde. Il y a des signes prometteurs au niveau global.

Les obligations vertes sont passées de US $ 11 milliards à US $ 36 milliards de dollars entre 2013 et 2014. Les fonds de pensions, les banques et les compagnies d’assurances intègrent les risques liés au changement climatique et désinvestissent dans le charbon, par exemple. Même la Banque Mondiale croit que qu’il faut « sevrer » nos économies du charbon. Du COP21, les multinationales du pétrole et de l’énergie disent s’attendre à plus de clarté sur les orientations politiques, pas à un retour à l’âge fossile. Pourra-t-on lever US $ 100 milliards par an d’ici 2020 pour lutter contre le changement climatique ? Cette année, déjà US $ 62 milliards ont été promis à cette fin. Toutefois, selon le New Climate Economy Report 2015, afin de réduire les émissions annuelles de 5,5 à 7,5 Gt COeq d’ici 2030, un investissement de US $ 1 000 milliards sera requis dans les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique chaque année. En 2014, seulement le tiers a été investi en énergies renouvelables, cinq fois plus quand même qu’il y a une décennie. L’Afrique, qui compte plus de 650 millions d’habitants sans accès à l’électricité, n’a attiré que 3% cet investissement, presque tout allant vers l’Afrique du Sud.

L’Afrique, mais aussi les pays en voie de développement tout comme les petits Etats insulaires, n’ont pas eu droit au chapitre jusqu’ici lorsqu’il s’agit de « loss and damage ». Or, les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique sont aussi pertinentes comme moyens d’adaptation au changement climatique. Afin qu’ils puissent avoir accès à l’énergie propre, il faut d’abord que ces pays obtiennent un soutien technique et un renforcement de leurs capacités. Sans recueils de données sur le potentiel des énergies renouvelables et le transfert des technologies, par exemple, la mise-en-œuvre des mesures est impossible.

Si, pour la première fois, la croissance économique et les émissions de CO2 ont été découplées au niveau mondial, il demeure que pour les pays en voie de développement, cette tendance est irréalisable. Sauf s’il y a une multiplication des « minigrids », qui peuvent être aussi « smart » dans le cas des îles avec une intégration intelligente des sources renouvelables variables. Cette révolution est possible comme nous commençons à le voir du Bangladesh au Lesotho, même lorsque le cours du Brent frôle les US $ 40 le baril. Au-delà des promesses des INDC, le vrai problème sera la mise-en-œuvre de l’accord de Paris, quel qu’il soit.

Conclusion

Les coûts réels de la mise-en-œuvre des politiques et des recommandations du COP21 seront-ils équitables vis-à-vis des pays du Sud ? Verra-t-on une convergence de l’aménagement des territoires, des constructions et des infrastructures, y compris celles des télécommunications, avec celles de l’énergie afin de propulser la planète entière vers une gestion optimale, juste et propre de ses ressources ? L’énergie deviendra-t-elle un bien commun, sinon son accès un droit universel inaliénable ? Y aura-t-il une gouvernance plus transparente de l’énergie, tant globalement que localement ? Comment définir les nouveaux marchés de l’énergie où les consommateurs seront aussi des producteurs ? Quel sera la relation entre l’homme-énergivore et la nature ? Sur quelle motivation éthique, morale ou spirituelle reposera la mise-en-œuvre d’un éventuel accord à Paris, accord qui ne fasse pas l’impasse sur le vrai problème des émissions liées aux énergies fossiles ?

Ces questions sont plus importantes que l’inadéquation des IND. Saura-t-on y répondre au COP21 ?

Faute de quoi, il faut savoir qu’en Syrie comme au Sahel, les zones aujourd’hui affligées par la terreur furent d’abord touchées par la sécheresse avant de tomber dans le désespoir. Le changement climatique entraînera des dizaines de millions de réfugiés dans une crise migratoire beaucoup plus grave que ce que nous voyons en Europe. L’enjeu est inimaginable.