Personnages

Le diable ( D )
Celui qui est tenté par le diable ( C )

C : Bonjour monsieur le Diable, comment allez-vous ?

D : Ça va très bien merci. Et vous ?

C : Ça va bien. Vous semblez fort heureux Monsieur le Diable.

D : Oui, je le suis. Figurez-vous que je suis toujours heureux. Je pratique, après tout, un merveilleux métier.

C : Vous avez de la chance monsieur le Diable. Je vous envie.

D : Je suis d’autant plus heureux que je suis en vacances.

C : En vacances ? On dit que le diable travaille tout le temps.

D : Il est vrai que j’adore travailler. Mais tout ouvrier mérite quelques jours de repos. Et je ne suis pas une machine. Je suis le diable.

C : Et que fait le Diable durant les vacances ?

D : Ma réponse risque de vous surprendre. Je délaisse les gros travaux pour de menus travaux.

C : Qu’est-ce donc monsieur le Diable ?

D : Je suis las de devoir toujours semer la haine et la violence dans le monde. Je me consacre donc durant mes vacances à des activités saines et amusantes.

C : Qu’entendez-vous par ‘activités saines et amusantes’ ?

D : De petites choses sans importance. J’aime bien, par exemple, acheter des âmes. Rien ne m’amuse plus.

C : Vous aimez donc vous amuser ? Vous avez pourtant la réputation d’être un type sérieux.

D : Je me dois de préciser que je ne suis pas, comme vous semblez le croire, un ‘type’. Je suis le diable, le diable en personne. Je travaille avec sérieux mais j’aime aussi m’amuser. L’un n’empêche pas l’autre.

C : Je ne doute pas de votre sérieux Monsieur le Diable. Vous avez une sacrée réputation qui est, faut-il le signaler, parfaitement méritée.

D : Je vous remercie pour ce compliment. J’avoue, en toute modestie, que je suis doué. Il vous suffit de contempler le spectacle du monde pour comprendre de quoi je parle. Crimes, meurtres, injustice, oppression, souffrance et j’en passe. Ne soyons pas donc pas modestes. Je ne suis pas doué. Je suis un génie ! Je vous invite à m’applaudir.

C : Clap ! Clap ! Clap !

D : Je vous remercie. Merci encore. Je vous prie de ne pas vous arrêter.

C : Clap ! Clap ! Clap !

D : Encore vous dis-je ! Mes cornes frissonnent de plaisir ! Encore ! Ne vous arrêtez pas ! Merci, merci.

C : Clap ! Clap ! Clap !

D : Vous pouvez vous arrêter maintenant. Je comprends tout à fait cet élan spontané. Vous ne pouvez vous empêcher de m’admirer.

C : Clap ! Clap ! Clap !

D : Arrêtez mon ami. Vous me faites rougir. Et je ne veux pas rougir. Ma réputation risque de prendre un coup. Il n’est pas dans mes intentions de faire la une de la presse ‘people de l’au-delà’. Les paparazzis sont partout. Imaginez une photo de ma grande personne accompagnée du titre suivant : ‘Le diable en pleine déroute. Il rougit !’ Evitons le scandale mon ami.

C : J’arrête Monsieur le Diable. Je vous prie de m’excuser mon enthousiasme excessif.

D : Je vous pardonne mon enfant. De quoi parlions-nous déjà ? J’ai la mémoire courte. Je suis âgé, comme vous le savez, de quelques millions d’années. Ou est-ce de quelques milliards d’années ? Je ne sais plus. Soyez indulgent à l’égard de ma mémoire défaillante.

C : Pas lieu de vous excuser. On parlait de ce qui semble être votre passe-temps préféré, acheter les âmes. Cela m’intéresse car il se trouve que je souhaite vendre mon âme.

D : Vous voulez vendre votre âme ?

C : Je suis en train d’y réfléchir. J’avoue que je suis tenté.

D : Mais c’est une excellente nouvelle. Je sens qu’on va bien s’amuser aujourd’hui.

C : Vous pourriez m’expliquer comment procéder ?

D : Avec plaisir mon ami. Mais avant il faut que je vous pose une question. Quel est donc votre tourment ?

C : Mon tourment ? Que voulez dire par tourment ? Je ne vous comprends pas.

D : Je sais être pédagogue. Le diable sait être pédagogue. Le diable est un pédagogue ! Veuillez ne pas applaudir le grand pédagogue.

C : Clap ! Clap ! Clap !

D: Merci. Je vous explique. Tout être qui souhaite vendre son âme souffre d’un tourment. Il est un vide en lui. Ou une absence. Appelez ça comme vous voulez. Ou pour faire plus prosaïque il y a quelque chose qui cloche.

C : J’ai compris, monsieur le Diable, mais je ne sais pas si ‘tourment’ est le mot qui convient.

D : Vous vous trompez cher ami, celui ou celle qui veut vendre son âme est tourmentée. Il n’y peut rien. Croyez-moi. C’est mon expérience qui parle. Je connais bien les rouages du cœur de l’homme. Je travaille à le pervertir depuis des milliers d’années, pardon des millions d’années, pardon des milliards d’années. Quel est donc votre tourment ?

C : Merci de me remettre dans le droit chemin, monsieur le Diable. J’ai, à vrai dire, tout pour être heureux. J’ai un boulot convenable, je gagne bien ma vie, j’ai une famille, des amis.  Je suis un type respecté au sein de la société. Ma vie est riche et remplie.

D : Quel est donc le problème mon ami ? Que vous manque-t-il ?

C : Je veux être quelqu’un, monsieur le Diable. Je rêve de pouvoir et de puissance.

D : C’est une ambition tout à fait légitime. Qu’est-ce qui vous empêche de la réaliser ?

C : J’ai compris qu’on ne peut réussir en étant honnête.

D : Comme vous avez raison, l’ami. L’honnêteté ne mène à rien. Je sais de quoi je parle, j’y suis, comme vous le savez, pour quelque chose. Vendre votre âme est effectivement la solution dans les circonstances.