Kailash Trilochun débarque à la commission drogue sacoche en main. Dans la salle d’audience, il en tire deux classeurs roses, qu’il dépose à la barre des témoins où il prend place. Un ami avocat est dans la salle. Il s’approche de lui, échange quelques mots avec le bouillant homme de loi avant de se rassoir dans la galerie publique.

Trilochun préfère être sur ses pieds pour cette seconde audition. Paul Lam Shang Leen confirme que la commission a bien reçu les documents déposés par l’homme de loi : relevés de comptes bancaires et VAT returns. Les comptes bancaires «ne concordent pas vraiment», note l’ex-juge, «mais ce n’est pas mon problème».

Plusieurs comptes bancaires, dont pour des prêts. Trilochun a plus de Rs 8 millions de dettes. Ce qu’il confirme, en expliquant avoir emprunté à diverses périodes pour compléter les travaux de sa maison. Il confirme également avoir un compte joint avec son épouse, et que parmi les divers comptes, l’un sert notamment aux dépenses tandis que des transferts sont effectués sur le compte d’épargne à cause des intérêts.

Sa BMW, il l’a achetée en 2015 grâce à un prêt, dit-il, contracté auprès de la MauBank.

Visites aux détenus

Paul Lam Shang réoriente ses questions sur les visites de Trilochun aux détenus. Faisant remarquer que Trilochun n’a soumis aucune facture relative à cela. L’homme de loi explique qu’il y a eu un incendie en 2014 et qu’il a soumis les factures qu’il a pu retrouver. Lam Shang Leen précise que ces documents permettent à la commission de connaître l’identité de ses clients. Notamment pour l’année 2009, quand il a rendu visite à 40 détenus.

L’avocat explique qu’en travaillant sur un dossier cette année-là, il s’est rendu compte que la section 58 de la Dangerous Drugs Act ne faisait pas provision pour la rémission des condamnés pour délits de drogue. Trilochun rend donc visite, dans ce cadre-là, à des personnes qui purgent leurs peines. Des visites «purement professionnelles», souligne l’homme de loi. «I did not get paid not charged for it.» Les détenus ont demandé à le voir, poursuit-il. Lui ne les connaissait pas.

Il va d’abord voir son client, qui lui demande lors de ces visites s’il peut rencontrer tel ou tel détenu. L’avocat compile alors une liste avant de s’exécuter. Il insiste, devant Lam Shang Leen et ses assesseurs, sur la nature «professionnelle» de ces visites. Ce qui gêne toutefois Lam Shang Leen, qui l’avait d’ailleurs souligné lors de précédentes auditions : que ce type de détenus soient regroupés.

Trilochun précise que Roubina Jadoo-Jaunbocus travaillait avec lui sur la même affaire, et qu’elle aussi rendait visite aux détenus. Mais pourquoi n’a-t-il pas émis de factures ? veut savoir le président de la commission. «Pourquoi facturer pour des avis ?» réplique l’avocat. Qui trouve «surprenant» que les suspects dans les affaires de drogue passent aux aveux avant de se rétracter.

La rémission comme arme

Trilochun souligne que la question de rémission doit être examinée. Lam Shang Leen l’interrompt : «Vous occupez-vous toujours d’affaires de drogue ?» Il a actuellement un cas en Cour, répond Trilochun. Mais les visites en prison étant un «’hassle’, j’essaie de ne pas».

L’avocat reprend son fil : la législation devrait être plus détaillée sur les procédures suivant la saisie de drogue car il n’y a «no record». Lam Shang Leen n’est pas d’accord : les officiers de l’Anti Drug and Smuggling Unit (ADSU) scellent l’enveloppe contenant les preuves, que signe l’officier en charge.

Cela ne suffit pas, réplique Trilochun. Car à la saisie par l’ADSU, il n’y a aucune pesée. C’est la Forensic Science Laboratory (FSL) qui s’en charge, selon Trilochun. Pas exactement, réplique Lam Shang Leen : l’ADSU pèse le paquet saisi, le FSL son contenu.

Trilochun revient à la charge sur l’idée de rémission. Notre système pénal, fait-il remarquer, est basé sur la répression et la «punition». Or, soutient-il, des détenus qui bénéficient de rémission pour bonne conduite peuvent être les «meilleurs ambassadeurs» dans la lutte contre la drogue.

Question d’éthique

Lam Shang Leen aborde, cette fois-ci, l’axe «collusion entre avocats». Les hommes de loi sont, certes, régis par un code d’éthique, «mais nous avons aussi une responsabilité» d’être intègres, répond Trilochun. «It’s a shame if in our profession, there is facilitation», qui n’est pas la même chose que d’assurer la défense d’un suspect, dit Trilochun, le barreau est «sacré».

«Don’t you think counsel politicians use their position to put pressure on police officers?» demande alors Lam Shang Leen. Ce type de situation ne s’est jamais présenté à lui, rétorque le témoin, qui estime cependant que la question est plus large que cela. «Ce n’est pas une question de corruption directe mais de familiarité directe», note Trilochun. La solution contre les avocats «facilitateurs» ? L’homme de loi est catégorique : «Il faudrait en faire des exemples, les rayer du barreau.»

Sam Lauthan prend la relève, revenant sur les visites de Trilochun en prison. Le fait que cela concerne des détenus dans différentes sections est une occasion pour des échanges de téléphones portables ou autres, s’inquiète l’assesseur. Trilochun n’a-t-il pas agi «involontairement» comme un «facilitateur» ? l’interroge Lauthan. D’autant que c’était son client qui lui suggérait qui rencontrer. «J’admets que ces rencontres ont peut-être créé des situations pour communiquer. Mais je ne pouvais pas savoir dans quelles sections se trouvaient [les prisonniers]», explique Trilochun. Et les détenus attendaient leur tour dans une salle en présence de gardes-chiourmes. Mais «je n’ai pas pensé à ces risques», concède l’homme de loi. En ajoutant qu’il faudrait peut-être d’autres procédures pour minimiser ces risques de communication entre détenus.

«We need not be specialists to know about drug trafficking», interjette Sam Lauthan. Qui veut toutefois terminer sur une «bonne note» : la suggestion quant à la rémission de peine. L’assesseur rappelle, en une phrase, son engagement depuis des années contre la drogue. «Du fond de mon cœur, je vous souhaite pleins succès», conclut Trilochun, avant de prendre congé.