A d’autres ! Le PMSD ne dupera personne. Sir Anerood Jugnauth (SAJ) a raison de dire que ce ne sont pas quelques dispositions au sujet de la Prosecution Commission qui ont chiffonné les bleus au point de claquer la porte de l’Alliance Lepep. Les raisons sont effectivement ailleurs. Si l’aveu de SAJ à l’effet que le parti de Xavier Duval et le MSM n’ont pas grand-chose en commun explique tout à fait pourquoi un divorce était inévitable, la question du timing de la séparation intrigue. Pourquoi Duval a-t-il décidé de partir à trois ans – en théorie – des prochaines échéances électorales ?

D’habitude, les redistributions des cartes d’alliances et les poussées de transfugisme n’ont lieu qu’à l’approche des législatives. Ou alors, en préambule aux grands changements précipitant un rappel prématuré des citoyens aux urnes. Or, si les prochaines élections générales n’auront probablement pas lieu dans trois ans, elles ne sont pas non plus derrière la porte. Alors pourquoi le coq a-t-il hâté le pas pour faire le mur de la bastille de l’Alliance Lepep ? Examinons l’opportunité, le moyen et le motif ayant conduit le PMSD à commettre ce que certains au MSM et au Muvman Liberater qualifient déjà de « crime » à l’égard de l’engagement pris devant l’électorat, fin 2014.

La Prosecution Commission – qui ne sera probablement jamais votée – n’est même pas la goutte d’eau qui a fait déborder le vase du PMSD. Un membre du comité ministériel présidé par Xavier Duval nous confie même que ce dernier était assez favorable à l’idée que les décisions du Directeur des poursuites publiques des trois dernières années soient susceptibles d’être revues par la commission. L’opportunité, toutefois, est apparue au PMSD sous la forme d’une levée de boucliers presque unanime au sein de la profession légale. Si on ajoute à cela la forte opposition au texte exprimée par certains cadres et affiliés bleus, Xavier Duval s’est retrouvé devant l’opportunité rêvée de partir, pour la galerie, « sur une question de principe ».

Et quel départ ! Avec 11 députés, le PMSD a eu le moyen de porter un coup dur à l’alliance au pouvoir. Avec le contingent bleu en moins, le duo MSM-ML se retrouve en effet à la merci d’éventuelles campagnes de pêche que pourraient mener le PTr, le MMM ou le PMSD dans les eaux de la majorité. Avec une majorité de 39 députés sur papier, le gouvernement deviendrait extrêmement vulnérable avec seulement deux ou trois défections dans ses rangs. Forçant une discipline rigoureuse à l’Assemblée nationale. Pour que – à la faveur de déplacements de quelques ministres ou députés à l’étranger– le gouvernement ne se retrouve pas en minorité lors d’un vote au Parlement. Ou pire, en cas de motion de censure tactique.

Le motif du départ est, lui, limpide. Pour certains, Xavier Duval a déclenché prématurément les grandes manœuvres pour consolider un éventuel ticket avec Arvin Boolell aux prochaines législatives. Les plus téméraires allant jusqu’à évoquer un split Primeministership entre les deux chouchous des sondages d’opinion. Pour crédibiliser ce ticket, Duval aurait, selon cette thèse, quitté le gouvernement afin de soutenir Boolell publiquement dès maintenant afin de lui donner toutes les chances de briguer le leadership des rouges. Les travaillistes votent, en effet, pour reconduire Navin Ramgoolam ou le remplacer en février 2017.

Vu la mainmise de Ramgoolam sur son parti et le caractère trop bon garçon de Boolell, nous ne pensons pas toutefois que cette thèse soit la plausible. C’est autre chose qui a motivé Duval : un signal clair envoyé par Navin Ramgoolam. Malgré ses dénégations publiques, le leader des rouges a clairement indiqué à son « ami » Xavier qu’il est hors de question que les rouges attendent que le PMSD choisisse son bon moment – c’est-à-dire le plus tard possible – pour déserter l’Alliance Lepep. Ramgoolam sait être convaincant quand il le veut. Il peut aussi avoir des idées fixes. Comme celle qu’il a communiquée à Duval : le PTr ira seul et perdra les élections s’il le faut, mais ne s’associera pas au PMSD si celui-ci tergiverse jusqu’au dernier moment pour abandonner le navire. Certaines stratégies de négociation, et d’action, s’avèrent payantes…

Au jeu comptable, le PMSD sort ainsi sur une bonne note et s’offre la possibilité de se consolider en occupant désormais les principaux postes de responsabilité de l’opposition parlementaire et menant la charge contre le ML et le MSM. Les rouges, eux, profitent du climat. Utilisant à profusion l’argumentaire selon lequel les Jugnauth ne contrôlent pas assez ou plus leurs troupes.

Ce qui est certain en tout cas, c’est que SAJ et Pravind Jugnauth viennent de perdre pied. Le premier est désormais contraint de rester en place le plus longtemps possible. Afin de se dresser en bouclier de Pravind Jugnauth contre la meute PMSD/MMM/PTr qui a désormais pour mission de tailler en pièces la majorité parlementaire et, surtout, le chef du parti soleil. Pravind Jugnauth doit, lui-même, payer de sa personne et de son autorité en lâchant du lest par rapport à ses propres troupes.

Si le départ du PMSD le laisse avec 5 marocains ministériels à distribuer, il ne pourra en faire bénéficier en priorité au MSM. En effet, le ML, resté fidèle, exigera une, voire deux marques de reconnaissance. Le parti de l’opposition qui choisira d’aller prêter main forte au gouvernement – en adoptant, au passage, une paire de lèvres goulues comme symbole – réclamera aussi son dû. Laissant ainsi à Pravind Jugnauth le soin de désigner deux ministrables, ou au pire un seul, parmi les élus soleil. On peut deviner la frustration de ceux ou celles qui avaient déjà commandé un somptueux churidar ou un beau costume pour leur prestation de serment. Tout comme on peut deviner les efforts que le patron du MSM devra consentir pour les calmer.

En face, le MMM est tout aussi fébrile. Si Xavier Duval décide de conserver pour ses troupes et lui le poste de leader de l’opposition, de Whip et la présidence des comités laissés vacants par les mauves, Paul Bérenger et ses troupes seront privés de leur rôle principal : celui d’incarner une opposition retors. Ce qui conduit un cadre du MMM à nous confier que ce que les mauves perdront en « opportunity to shine » au Parlement, ils devront le compenser en actions sur le terrain. En multipliant notamment sorties et rassemblements publics.

Il n’y a pas que les gagnants et les perdants évidents dans toute cette affaire. Car loin des clameurs, Ivan Collendavelloo jubile. N’en déplaise aux autres membres du MSM, le leader du Muvman Liberater a désormais une option solide pour le poste de Deputy Prime minister. L’homme avait déjà l’oreille de SAJ, il l’aura davantage. De plus, certaines nominations qui avaient bénéficié au PMSD jusqu’ici, à des postes stratégiques – port et aéroport notamment–, susciteront désormais la convoitise du ML. Le cadeau pourrait toutefois être empoisonné pour Collendavelloo. Car plus sa puissance grandira, plus le ressentiment à son égard croîtra également.

Face à la nécessité de faire front pour défendre la Prosecution Commission et tenter de minimiser le départ du PMSD, certains au MSM ont mis de côté leur profonde inimitié, voire leur détestation pour Ivan Collendavelloo et, un peu aussi, Anil Gayan. Mais plus le ML prendra ses aises et gagnera en influence, plus Collendavelloo fera preuve d’arrogance et se livrera à certains excès, et plus le fossé se creusera entre élus ML et MSM.

Il en va ainsi en politique. Les gagnants du moment peuvent être les perdants de demain. Du coup, cela donne de la perspective sur la jubilation des uns et le désarroi des autres.