La condamnation de l’attentat terroriste contre Charlie Hebdo ne suffit pas. Il faut se dire que c’est notre problème. De Boko Haram en Afrique de l’Ouest à Daesh en Syrie et en Iraq, il s’agit de tentatives de déformer la religion musulmane, de la manipuler grossièrement et de s’en servir à des fins qui trahissent le sens même de la foi en islam. C’est ainsi qu’auraient agi les pires ennemis des musulmans. Ceux qui se sont attaqués à Charlie Hebdo, au-delà de la menace terroriste qu’ils représentent, portent atteinte aussi à notre religion de la manière la plus grave. C’est le problème des musulmans et il faut s’en débarrasser, même si ceux qui sont derrière ces actes ne représentent qu’une infime minorité.

Pour comprendre à quel point ils s’égarent, il faut rappeler que le Prophète (paix soit sur lui) et ses compagnons avaient subi les pires insultes et persécutions, pas seulement des moqueries et des satires. Or, Dieu leur demanda la patience et la persévérance. Certains parmi eux quittèrent la Mecque pour s’exiler en Abyssinie, terre chrétienne d’Afrique, où ils trouvèrent la liberté de vivre leur foi. Face à l’épreuve et l’adversité, il leur était exigé de repousser le mal par le bien. Et de se protéger de toute tentation de céder au désespoir, à la haine et à la folie diabolique.

« Repousse le mal par ce qui est meilleur. Nous savons très bien ce qu’ils décrivent.

Et dis : ʺSeigneur, je cherche Ta protection, contre les incitations des diables.

Et  je cherche Ta protection, Seigneur, contre leur présence auprès de moiˮ. »

(Le Coran, sourate Les Croyants, versets 96-98)

L’heure est grave pour la communauté musulmane car il convient de lutter autant contre un ennemi en son sein que contre ce qui nourrit l’existence même de ce dernier, une situation tant locale dans certains pays qu’internationale, poussant certains au repli identitaire. Il faut dépasser tout sentiment de victimisation pour agir sereinement contre les dérives extrémistes mais aussi surtout contre leurs causes, à l’intérieur comme à l’extérieur de la communauté.

À l’heure globale du pluralisme, un défi qui n’épargne pas les plus vieilles sociétés dites « démocratiques », l’exemple mauricien mérite d’être étudié plus attentivement. La présence musulmane ici, comme sans doute d’autres pays, ne pose pas problème. Il y a des leçons à tirer, pour nous-mêmes d’abord, afin de consolider notre vivre-ensemble dans le respect de notre diversité nationale. Autant faut-il se féliciter de notre apparent succès, autant faut-il demeurer vigilant face aux dangers. Et il faut saluer toute avancée qui conforte notre environnement socioreligieux. Comme la juste décision du gouvernement de demander à ses membres de ne pas prendre la parole lors des fonctions religieuses…