Des mineures se sont enfuies d’un centre d’accueil. Centre d’accueil, dit-on. Accueil de qui ?

D’enfants en danger mis à l’abri ? Ou enfants qualifiés de « child beyond control » dont les responsables ne veulent plus s’occuper ?

Dans la Juvenile Offenders Act, la section 18 mentionne les « uncontrollable children ». Les parents ou responsables d’un enfant, incapables de contrôler leur enfant, peuvent l’envoyer au Rehabilitation Youth Centre (RYC). Une aberration.

Une mère parle de son enfant adolescent qui boit et fume. « Li pe fronte. Li sorti aswar. » Elle dit ne plus pouvoir le gérer et le réfère à la Child Development Unit pour qu’il soit placé au RYC.

Une psychologue de cette instance qualifie cet enfant de « move zanfan ».

Or, tout enfant est bon. Même si ses actes sont condamnables ou peuvent causer du tort.

L’adolescence est une phase de transition entre le monde de l’enfance et le monde adulte. Phase de défi, de changements physiques et psychiques, souvent pleine d’affrontements aux adultes.

Un adolescent a besoin de recevoir des adultes la sécurité qui lui manque.

En même temps, il a besoin d’autonomie, souhaite son indépendance.

Ses révoltes sont normales. Même si c’est difficile pour les parents.

Un adolescent qui s’oppose à ses parents est normal et sain.

Les fugues sont souvent justifiées par les retrouvailles d’amoureux. Tellement simpliste.

Des personnes interviewées dans certains médias parlent de fugues à cause de la « recherche de plaisirs nouveaux et interdits, le désir de faire peur et de donner du souci aux proches et parents, en guise de revanche parce qu’ils ont mal digéré un traitement jugé sévère… », entre autres.

Or, une fugue est porteuse de message. Notamment celui de la souffrance. « Le mineur fugueur est un enfant ou un adolescent en souffrance. La fugue peut intervenir comme une fuite et une protection », selon Guibert (2014).

La fugue est l’un des troubles spécifiques observés chez l’adolescent, comme conséquences des violences sexuelles, selon Salmona (2013). Avec les actes de délinquance, les conduites sexuelles à risque, le départ précoce du domicile familial, etc.

42 % des mineurs en fugue subissent au sein de leur foyer familial divers types de violence physique, psychologique, sexuel, etc., selon Guibert, au colloque du Centre français de protection de l’enfance en mars 2014 .

« L’acte de fugue peut alors être perçu pour l’enfant comme une solution de survie par rapport à sa cellule familiale. »

Il apparaît que les situations de fugue en contexte de placement sont beaucoup plus fréquentes. A cause du « refus de la situation de placement, de la dynamique transgressive de mise en danger, fuite d’une situation de maltraitance au sein du lieu de placement, changement de famille d’accueil ».

Pour les professionnels de Jeunes violence Ecoute, la fugue a trois principales fonctions :

  • Elle peut permettre d’échapper à un conflit. « La fugue n’est pas un voyage. Il ne s’agit pas d’un moment de détente […]. Il s’agit bien plutôt, pour l’adolescent, de quitter le lieu où il est. Des études épidémiologiques démontrent une prévalence des conflits dans le milieu familial à l’origine de la fugue. »

La fugue est une réaction de l’enfant par une action, faute de mettre des mots sur ce qui lui fait mal.

  • La fugue peut être un appel au secours et un moyen de solliciter l’attention de l’entourage, en provoquant de l’inquiétude chez les personnes responsables de l’enfant.
  • La 3e fonction est le désir de changement : une fois retrouvé et rentré à la maison, au lieu de vie, « le jeune qui a fugué s’attend à ce que son acte ait des effets sur la dynamique familiale, institutionnelle, surtout en ce qui le concerne ».

Pour Delphine Moralis, secrétaire générale de Missing Children Europe, « la fugue correspond à un concept d’adulte et de professionnel. L’enfant ne conceptualise pas nécessairement son acte comme tel. Il s’agit d’un message très important à prendre en compte dans la communication avec les jeunes » (mars 2014).

Tentons de décoder les messages des mineurs qui fuguent.

Aidons les parents, les responsables à se munir d’outils pour mieux comprendre et communiquer avec les enfants.

Mobilisons-nous pour éradiquer ce concept de « Child beyond control » de la loi, et surtout, des mentalités.