« Loi 22 : Capitulez à temps. Quand vous avez le dessous, ne continuez pas pour l’honneur: rendez-vous… Ne  laissez pas [au vainqueur] la satisfaction de la victoire : hissez le drapeau blanc. »

 Le revirement politique – prévisible – de la semaine dernière n’a laissé personne indemne. Le tandem Jugnauth est démonétisé face à un Paul Bérenger désormais seul habilité à décider du sort du Remake 2000. Le leader du MMM a, lui, perdu de son aura… y compris chez ses militants, en acceptant de pactiser avec l’adversaire honni d’hier. Navin Ramgoolam, qui promettait : « Mo pou fini MMM », tient son engagement d’une étonnante manière en offrant une place à Bérenger pour qu’il règne à ses côtés. Donnant ainsi l’impression d’avoir cédé.

Si officiellement, aucune négociation d’alliance n’est en cours, les principaux aspects d’un « deal » semblent arrêtés : le poste de Premier ministre à Paul Bérenger et celui de président (pour un septennat) à Ramgoolam ; une répartition 30-30 des tickets mauves et rouges pour les législatives. Le tout subordonné à une double condition. La réforme électorale… qui sied les intérêts du MMM. Ainsi que le rééquilibrage des pouvoirs du Premier ministre et du président sous une IIe République. Ce qui arrange d’abord Ramgoolam tout en permettant à Bérenger de finir sa carrière an apothéose pour un mandat plein – et non de deux ans – comme dans le cadre du Remake.

Si Ramgoolam est en voie d’acquiescer à des conditions qu’il jugeait inacceptables il y a encore deux ans, c’est parce qu’il sait que ses chances d’être reconduit au pouvoir face au Remake 2000 ne sont plus si bonnes. « Continuer pour l’honneur » est risqué. Mais même s’il a hissé le drapeau blanc, il maintient le contrôle sur un élément : le timing de la réforme. Pour plusieurs raisons, il y a peu de chances que cette loi soit votée avant la dissolution du Parlement. Même si Ramgoolam et Bérenger ont tous deux expliqué que le travail préliminaire sur la rédaction du projet de loi sur la réforme électorale a déjà commencé.

Premièrement, le projet de loi sur la réforme électorale est complexe. Sa rédaction prenant du temps, il n’est pas dit qu’il sera déposé à l’Assemblée nationale dans trois semaines ou un mois comme le souhaite Bérenger. Deuxièmement, puisque le projet de loi sur la réforme électorale est lié à celui sur la  II République, les deux seront vraisemblablement déposés quasiment en même temps à l’Assemblée nationale. Ce qui rallonge considérablement le délai d’attente.

Il est impensable que Navin Ramgoolam fasse d’abord voter la loi sur la réforme électorale pour ensuite voter celle sur la  II République. Principalement parce que la parole donnée en politique a une importance variable. En effet, ayant fait voter la nouvelle loi électorale seule, Ramgoolam s’exposerait à un éventuel changement d’idée de Bérenger.

Car il faut se l’avouer. Le MSM, réduit à sa portion congrue et face à la perspective d’une défaite totale aux prochaines élections, pourrait accepter de négocier en dehors des conditions du Remake. Comme « junior partner » d’une alliance mauve-blanc, sans SAJ et avec un mandat plein pour Bérenger. Ce revirement n’est pas impossible et pourrait arranger le leader des mauves ainsi que ses partisans. Ramgoolam le sait, d’où son instance d’un « package » IIe  République et réforme électorale.

Reste donc le timing. Le playbook de Ramgoolam peut contenir deux stratégies différentes. La première consiste à dissoudre l’Assemblée nationale dans les semaines à venir. Dès la finalisation d’une ébauche satisfaisante d’un Constitution Amendment Bill reprenant les deux réformes.

Cette stratégie offre un double avantage à l’alliance PTr-MMM. D’abord, elle lui permet de gagner, probablement avec un 60-0, éliminant quasiment le MSM du Parlement. Cette séquence offre ensuite également aux rédacteurs du texte de loi la possibilité de le peaufiner pendant que le MSM, le MMM et le PTr partent en campagne électorale. L’alliance PTr-MMM irait ainsi en campagne aussi pour demander un mandat à l’électorat de faire voter et d’appliquer la réforme dès le début de la nouvelle session parlementaire. Bérenger succédera alors à Ramgoolam dans un délai de six mois maximum et ce dernier démissionnera pour le Réduit dans la foulée.

La seconde stratégie consiste à faire voter le Constitution Amendment Bill – sans cependant procéder à sa mise en application – avant la dissolution de l’Assemblée. Cette option a le désavantage de nécessiter beaucoup de temps. D’une part, pour la finalisation complète du texte ; d’autre part, pour de longs débats parlementaires qui devraient s’étaler sur une bonne demi-douzaine de séances. Ramgoolam et Bérenger ne semblent pas en mesure de se permettre ce luxe.

Reste donc probablement la solution de la dissolution rapide, dès que l’ébauche de la réforme sera prête.