Une bonne demi-heure avant le début des travaux parlementaires, Etienne Sinatambou et Toolsyraj Benydin arrivent dans l’hémicycle tout en poursuivant une conversation animée. Que le ministre de l’Environnement propose de continuer autour d’une tasse de thé.

Pendant que les préposés de l’Assemblée nationale placent la feuille de la Private Notice Question (PNQ) du jour sur le pupitre des députés, Sudhir Sesungkur, Bobby Hurreeram ou encore sir Anerood Jugnauth (SAJ)) vont à leurs places.

SAJ invite Nando Bodha à s’asseoir dans le fauteuil, libre pour l’heure, de Fazila Jeewa-Daureeawoo. Les deux hommes discutent pendant quelques minutes, ils sont rejoints par Ivan Collendavelloo. De sa dernière rangée de la majorité, Showkutally Soodhun regarde la conversation animée et trépigne.

Reparti à sa place, le ministre des Infrastructures publiques ne rate pas l’occasion de taquiner Shakeel Mohamed. Bodha se caresse le menton, avec un sourire moqueur en regardant le chef de file des rouges au Parlement. Celui-ci a abandonné le look hirsute pour du clean shaven. Le député du Parti travailliste sourit gentiment.

Pendant ce temps, Vikash Oree a un petit problème d’orientation. Arrivé dans l’hémicycle, il cherche sa place de Parliamentary Private Secretary parmi les travées de… l’opposition. Il finit par se rendre compte de sa bévue et file tranquillement à sa place.

Soodhun, lui, ne perd pas le nord. Voyant SAJ seul sur le front bench du gouvernement, à la faveur d’une absence momentanée de Collendavelloo, le président du MSM file voir le ministre mentor. Ce dernier l’accueille avec un large sourire. L’ancien vice Premier minister lui parle brièvement puis file à sa place.

Xavier Duval est déjà là. Fazila Jeewa-Daureeawoo arrive quelques instants avant que la sonnerie signalant le début des travaux ne retentisse. Si elle doit répondre à la PNQ du jour, la Vice Prime minister semble détendue et sourit à ses collègues. Les cinq officiers de la Mauritius Fire and Rescue Service (MFRS) qui sont venus épauler leur ministre sont, eux, plus tendus et concentrés.

La question de Duval est posée et après à peine deux minutes, Patrice Armance, Malini Sewocksingh et Adrien Duval cherchent à se faire remarquer par Maya Hanoomanjee pour poser des questions supplémentaires quand le leader de l’opposition aura épuisé les siennes.

Les supplementary questions s’enchaînent. L’humeur de Fazila Jeewa-Daureeawoo tourne à l’orage. Les officiers du MFRS cachent mal leur stress. Ils griffonnent régulièrement des petites notes qu’ils envoient à la ministre des Collectivités locales. Contrairement à la semaine dernière quand elle les lisait à peine, ce mardi, la Vice Prime minister les scrute méthodiquement pendant que les questions de Duval s’enchaînent.

Le leader de l’opposition agace considérablement la ministre qui lui reproche d’avoir réduit la dotation budgétaire du MFRS quand il était ministre des Finances, des années de cela. Loin de s’énerver, les députés du PMSD s’amusent de l’argument de la ministre.

Xavier Duval ne s’émeut pas davantage quand son interlocutrice qualifie ses questions de «pointless». En deux occcasions, il se retourne même pour demander à Adrien Duval de se calmer quand celui-ci s’emporte face à l’incapacité de la ministre de répondre précisément au leader de l’opposition.

Le chef du PMSD finit par lancer un commentaire bien senti à l’égard de Jeewa-Daureeawoo : «apparently» Vice Prime minister. Dans un premier temps, celle-ci ne fait pas grand cas de la remarque. Collendavelloo, lui, en prend ombrage. «What apparently!?» lance-t-il vers l’opposition avant d’encourager sa collègue à réagir.

Elle a, à peine, le temps de le faire. Car la Speaker demande illico à Duval de retirer son propos. Ce qu’il fait sans grande résistance tout en essuyant un «bouffon» sonore venu des backbenchers du gouvernement. Dans l’agitation, la Vice Prime minister, sans se rendre compte que le mot a été retiré, exige à nouveau son retrait. Elle se rend compte de sa bévue quand Maya Hanoomanjee l’informe que c’est déjà fait.

Fazila Jeewa-Daureeawoo est secouée. «Mo laba zis depi enn semenn», lance-t-elle en direction de Collendavelloo qui est trop plongé dans ses notes pour entendre le SOS de sa collègue. A une nouvelle question de Duval, la ministre répond, cette fois-ci, en posant à son tour une question à son interlocuteur. Salim Abbas Mamode proteste auprès de la Speaker : «Reponn kestion par kestion? Rol inn sanze?»

Ravi Rutnah tente de se joindre à la mêlée mais Aurore Perraud le reprend immédiatement en lui demandant d’éviter de déraper. «Met enn elastoplas lor to labous», surenchérit Rajesh Bhagwan.

La Vice Prime minister s’emmêle une dernière fois les pinceaux peu avant la fin de la PNQ. Xavier Duval, assis, se désole de son «incompétence». La Speaker a à peine le temps de prononcer «time is up» que les députés du PMSD se mettent à tap latab par provocation. Ce retournement de situation décontenance quelque peu les travées de la majorité.

C’est désormais le Prime minister’s Question Time. En l’absence de Jugnauth, en déplacement à l’étranger, le Premier ministre par intérim s’y colle. Lors des questions, Ivan Collendavelloo évite soigneusement de rentrer dans des polémiques et livre des réponses cliniques et légalistes. Face aux coups de boutoir de Rajesh Bhagwan sur l’octroi du permis d’opération à l’opérateur de jeux PMU, le numéro 2 du gouvernement reste impassible.

«Ah !!» lance Paul Bérenger quand Collendavelloo confirme que Raouf Gulbul et Dev Beekharry, un conseiller de SAJ, ont fait partie du conseil d’administration de la Gambling Regulatory Authority ayant approuvé le permis de l’opérateur. Mais le ministre reste impassible.

Il recadre même Bhagwan suite à une question supplémentaire. «I think you are confused.» «No, I am not», persiste l’élu mauve. «I’m not sure if it is a question», maintient Collendavelloo en remarquant les propos de son interlocuteur. Le député de Beau-Bassin/Petite-Rivière s’emporte : «Ale do ta! Aret deklar malin. Si mo fer komanter-la, to pa pou vinn la zame. Mo pa kouma twa! Chihuahua!» Le rappel à l’ordre de la Speaker ne fait pas effet. «I come here to work. Not like him. Chihuahua!» nargue Bhagwan.

Le Prime minister’s question time se termine et Ivan Collendavelloo se rassied. La tranche des questions aux ministres débute avec une interpellation de Bashir Jahangeer à Collendavelloo. Mais celui-ci reste assis. La Speaker lui fait se souvenir que c’est à lui que la question a été posée. Ce qui conduit le Premier ministre à se relever en catastrophe pour lire sa réponse.

Bhagwan n’en a pas fini avec lui. «To trouv Jahangeer, to gagn traka.» Le Premier ministre laisse couler et poursuit la lecture de la réponse. Celle-ci terminée, le député MSM demande à poser une question supplémentaire qu’il débute par une explication des faits. Maya Hanoomanjee cherche à le couper. Mais rouge de colère, Paul Bérenger intervient. «He just said a few words and you are interrupting him?» proteste-t-il. La Speaker laisse l’élu de Rivière-des-Anguilles/Souillac poursuivre.

Les échanges s’enchaînent sur les autres questions. Fait rare depuis qu’il n’est plus leader de l’opposition, Paul Bérenger pose une question supplémentaire après une réponse de SAJ sur le dossier de la souveraineté sur les Chagos. Fidèle à son habitude, le ministre mentor répond laconiquement. Sans que le leader du MMM ne bronche.