Il est quelques minutes après 11h. Stéphan Toussaint fait son entrée dans l’hémicycle. Il est seul, hormis les clercs de l’assemblée qui distribuent les copies des documents à l’ordre du jour. Il dépose ses affaires et ressort. Idem, une dizaine de minutes plus tard, pour Fazila Jeewa-Daureeawoo et Sharvanand Ramkaun.

Les chaises pour les conseillers et fonctionnaires sont alignées en fond de salle. Le nombre est plus important, en vue des débats cet après-midi. Sir Bhinod Bacha, Special Advisor de Pravind Jugnauth, s’installe à la première rangée. Il sera rejoint plus tard par le secrétaire au Cabinet, Nayen Kumar Ballah.

Les parlementaires ne sont pas pressés aujourd’hui. Sudhir Sesungkur s’attarde quelque peu à sa place, le temps d’une courte lecture, puis repart, les mains dans les poches.

Yogida Saymnaden, à son arrivée, échange une chaude poignée de main et quelques mots avec sir Bhinod Bacha. A sa place, l’appel qu’il tente de passer retient son attention. A l’autre bout du fil, personne ne semble répondre. Qu’à cela ne tienne, le ministre des Technologies, de la Communication et de l’Innovation pianote sur son smartphone.

De l’autre côté des travées, Ezra Jhuboo s’est installé, notes et documents à portée de main. Sesungkur revient et parle, cette fois-ci, à sir Bhinod Bacha.

Salim Abbas Mamode, parlementaire bleu, salue les clercs et récupère une copie des textes qui seront discutés.

Le blanc et le noir semble être le code couleur du jour chez les femmes parlementaires du PMSD. Malini Sewocksing, veste blanche tout comme Aurore Perraud, plaisante avec Yogida Sawmynaden qui rit à gorge déployée. Prem Koonjoo puis Nando Bodha participent à ce dialogue amusé.

Pravind Jugnauth fait son entrée dans l’hémicycle, suivi du ministre Alain Wong et de deux invités qui s’installent dans la galerie réservée aux invités des parlementaires.

Une fois n’est pas coutume, Paul Bérenger prend place alors que ses lieutenants sont déjà installés. Alors que lui aussi démarre une conversation ponctuée de petits rires, Vishnu Lutchmeenaraidoo remet une enveloppe au Premier ministre. Celui-ci a ses nombreux dossiers – 14 questions lui sont adressées – sur les genoux.

Pravind Jugnauth discute plaisamment avec Ivan Collendavelloo, de bonne humeur.

On note dans l’hémicycle la présence de Jean-François Chaumière, autre Senior Adviser au bureau du Premier ministre. Il se penche par-dessus le siège d’Eddy Boissezon pour lui parler. Dans la galerie publique, Mahmad Kodabaccus, secrétaire générale du PMSD, qui assiste parfois aux travaux parlementaires.

A mesure que les parlementaires prennent leurs places, les conversations sont plus animées. Xavier Duval range ses notes et sa tablette en vue de la Private Notice Question (PNQ) axée, cette semaine, sur les pompiers. Alain Wong est debout dans les travées. En pleine conversation avec Mahen Seeruttun, Etienne Sinatambou et Pradeep Roopun, qui s’est retourné pour mieux suivre.

Les sièges se remplissent. Dan Baboo glisse quelques mots à Prem Koonjoo avant de rejoindre le sien. Ezra Jhuboo a, lui, quelque chose à dire à Alan Ganoo, assis derrière lui.

Alors que Marie-Claire Monty salue Chaumière, Boissezon est debout à ses côtés et s’adresse au secrétaire au Cabinet.

11h36. Mahen Jhugroo pénètre enfin dans l’hémicycle. Le dossier qu’il a au bras est volumineux et constellé de post-it orange. Alors que la cloche retentit pour annoncer l’arrivée de la Speaker, il avale quelques gorgées d’eau. Gobin se hâte de rejoindre sa place, la liste des intervenants des débats de cet après-midi sur The Allied Health Professionals Council Bill en main.

Bérenger lâche un «Ah !» amusée lorsque Maya Hanoomanjee passe à côté de lui. Puis lance, en direction de la majorité : «Pe rod boug-la ?» Sanjeev Teeluckdharry, le Deputy Speaker qui devait présider la séance d’aujourd’hui, n’est pas là.

Sir Anerood Jugnauth est absent. Tout comme Danielle Selvon et quelques autres parlementaires.

Mahen Jhugroo commence la lecture de sa réponse écrite. Au même moment, le Chief Fire Officer Louis Pallen, suivi de quatre officiers du Mauritius Fire and Rescue Service qui se postent derrière le ministre. «Ena dife zordi», relève Aurore Perraud. Xavier Duval, bras croisés et mine renfrogné, a les yeux rivés sur Jhugroo. Légèrement penché sur son siège, il secoue la tête de temps en temps pour ponctuer certains propos du ministre des Collectivités locales.

Certains des collègues de Jhugroo semblent l’écouter attentivement, à l’instar du Premier ministre et de son Deputy. Soodhun nettoie ses verres, d’autres ont le nez dans leurs papiers, leurs ordinateurs ou leurs portables. A moins qu’ils ne discutent avec le voisin.

Jhugroo enchaîne mais se trompe de partie. Xavier Duval le reprend : «Non, to’nn tronpe la. (…) a, b, c, d… e, f, g.» Le ministre est confus, même la Speaker le reprend ; la copie qu’on lui a remise a visiblement été mal libellée, s’excuse-t-il. Bhagwan le pique : «To amenn ponpye san dilo?»

Jhugroo égrène la liste des équipements des sapeurs-pompiers. Bérenger ne l’écoute pas mais s’esclaffe, amusé par ce que dit Reza Uteem.

Comme Jhugroo termine sa réponse, le leader de l’opposition est sur ses pieds. Il explique que sa question est motivée par le récent incendie qui a ravagé le Grenfell Tower, à Londres, et fait de nombreuses victimes. «Y a-t-il eu une (sic) audit ?» veut savoir Duval selon qui les pompiers n’ont effectué «aucune visite d’aucun bâtiment de grande hauteur» chez nous. «Fek dir», intervient Anil Gayan.

Jhugroo insiste que le nécessaire est en train d’être fait. Rutnah l’applaudit, il est le seul. «Ti roke», le pique Patrice Armance.

Duval insiste : «Il n’y a eu aucune (sic) audit, le ministre est assis sur son…» Il s’interrompt, fait le geste de relever sa veste pour s’asseoir. De l’autre côté des travées, on l’accuse de vouloir utiliser le mot «tonkin». Ce que dément avec véhémence Duval. Les protestations de la majorité se font plus fortes. La Speaker le rabroue pour ses «unparliamentary gestures». Le leader du PMSD persiste : il allait utiliser le mot «chaise».

Patrice Armance renchérit : «Kot li asize? Li asiz lor so sez.» Le Chief Whip Gobin écoute, amusé. Yogida Sawmynaden ne peut pas se retenir de rire. Ravi Rutnah ajoute son grain de sel : «Ena boulon, sirkwi lor so sez.»

Paul Bérenger nargue Mahen Jhugroo, qui s’était fait remarquer la semaine dernière pour son français parlé : «Pran lé sez! Pran lé sez!»

Jhugroo ne se laisse pas démonter. Ses collègues de la majorité ponctuent sa réplique de quelques «Hein !». Xavier Duval revient à la charge. Jhugroo reste assis, en attendant que les réponses lui parviennent. «Je ne suis pas expert en service de sapeurs-pompiers», explique-t-il. Les officiers font passer les notes, Bérenger lance : «Pas lesel!»

Xavier Duval insiste pour savoir si un audit des bâtiments à grande hauteur : «Tell me now (…) or resign.» Cette dernière partie amuse les élus de la majorité, dont Ivan Collendavelloo.

Le leader du PMSD s’attaque, cette fois, au bâtiment Jhugroo, à Vacoas, qui selon lui ne possède pas de certificat de sécurité incendie. «Je ne répondrai pas», déclare le ministre qui invoque un «conflit d’intérêts». Patrice Armance et Thierry Henry ricanent. Jhugroo reprend par la suite, précisant qu’il n’est pas propriétaire dudit bâtiment et qu’il donnera des instructions pour que les pompiers vérifient.

Bhagwan interpelle Sinatambou : «Note, Etienne, pou konferans depres.» La répartie du principal concerné, tout aussi amusé, est immédiate : «Twa ki pou kone.» Bhagwan ne lâche rien : «To kouma Radio Pekin.»

Duval n’en a pas fini. Il se penche, cette fois-ci, sur les bâtiments résidentiels pour lesquels aucun certificat de sécurité n’est requis. Or, fait-il remarquer, cela laisse le champ libre aux promoteurs pour faire comme ils veulent mais représente aussi un danger pour les résidents, comme cela a été le cas à Londres.

Jhugroo rappelle alors à Duval ses 12 années au gouvernement et lui demande ce qu’il a fait. Ce qui provoque un «Ayo ! Ayo ! Ouh !» immédiat de Bérenger.

Duval enchaîne les questions. Les mains sur les accoudoirs, prêt à bondir, il trépigne presque pendant que Jhugroo lui répond. Les bâtiments résidentiels ne requièrent aucun certificat de sécurité, confirme le ministre. «C’est ce qu’il vient de dire», interjette Perraud en désignant discrètement son leader. Jhugroo n’est «pas responsable» de la situation, intervient Roopun. «Get dan laglas», lance un député de l’opposition.

Duval insiste qu’il faut «agir d’urgence». Avant de mentionner un incendie survenu durant le week-end à Ebène. Alors que Jhugroo consulte les pompiers, Duval lui balance : «Ki pe fer? Asiz lor tonkin?» L’intervention de Hanoomanjee est prompte. Pravind Jugnauth lance, lui, un commentaire qui fait référence à Roshi Bhadain.

«Je ne comprends pas pourquoi le leader de l’opposition est aussi nerveux», rétorque Jhugroo. «Je ne suis pas assis sur mon ‘tonkin’.» Les pompiers avancent que l’incident s’est déroulé à la Mauritius Chamber of Commerce and Industry. A la Greenwich University, corrige immédiatement Duval.

On passe, cette fois, aux équipements des pompiers. En pleine réponse, Jhugroo se perd dans les notes manuscrites qui lui ont été remises. Il s’interrompt, se rassoit, cherche et ne se relève pas. «Embrouillé ?» lui demande Thierry Henry.

Xavier Duval évoque un courrier des syndicats de pompiers concernant des équipements inadaptés, Jhugroo la dotation budgétaire pour l’achat de 20 camions-citernes. «Sa bann kamion-la ousi pou sezi», ironise-t-il auprès de Reza Uteem. «Dife dans Sun Trust», lance un élu de l’opposition.

Jhugroo égrène une longue liste d’équipements achetés, Bhagwan l’interpelle : «Fini letan la.» Xavier Duval, irrité, demande à la Speaker d’intervenir. Jhugroo ira jusqu’au bout. Collendavelloo sera le premier à ‘tap latab’.

Duval n’est visiblement pas satisfait des réponses subséquentes de Jhugroo. Ce dernier, fait ressortir le leader du PMSD, confirme que depuis deux ans, les pompiers travaillent avec de vieux «simiz, kannson». Jhugroo lui renvoie à la figure qu’il n’a rien fait pendant deux ans. Et que le tort revient au précédent régime. «Ne venez pas me faire la leçon !» tance Jhugroo.

«Je suis content d’avoir quitté ce gouvernement», rétorque Duval.

Place, quelques minutes plus tard, à la tranche des questions adressées au Pravind Jugnauth. Ce dernier répond sur le Mauritius Africa Fund. Anwar Husnoo cherche un stylo, il a oublié le sien. Celui de Roopun ne lui convient pas, ce dernier lui passe celui de Sinatambou. Ivan Collendavelloo lui fait passer une feuille.

Joseph Christian Léopold travaille sur son ordinateur portable. Joe Lesjongard étudie attentivement les documents devant lui. Duval et Abbas Mamode, comme d’autres élus, sont sortis entre-temps.

Le Premier ministre aborde sa deuxième question du jour. Abbas Mamode, de retour, en profite pour discuter d’un cas avec Leela Devi Dookun-Luchoomun. La ministre enfile ses lunettes pour étudier la note que le Whip de l’opposition lui a remise.

Collendavelloo et Roubina Jadoo-Jaunboccus s’éclipsent.

Adiil Ameer Meea est vexé que Pravind Jugnauth esquive l’interpellation sur Dev Manraj. Le Premier ministre, narquois, veut relire l’intitulé de la question. «E ! Ki sa ?» intervient Bérenger. «Li exsite», avance quelqu’un de ce côté des travées.

Jugnauth s’exécute. «This is a breach of time», proteste le leader du MMM. «Sit down», poursuit-il. Soodhun est prompt à réagir : «Ferm to labous! Ki, to donn lord isi?» La Speaker intervient. Ameer Meea justifie sa question et se propose, sarcastique, de la relire. «Ale! Lir», l’encourage le Premier ministre, légèrement agacé.

Bérenger ne se retient pas : «Sove! Sove! Comme toujours…» Soodhun réplique : «Twa ki abitye sove.» Pravind Jugnauth : «Ki sove?»

L’atmosphère ne se détend pas à la prochaine question, qui se penche cette fois sur les conseillers ayant été arrêté ou fait l’objet d’enquête. Bhagwan s’insurge que Prakash Maunthrooa soit nommé sur des conseils d’administration alors qu’il est poursuivi pour corruption et se soit fait «éclaireur» lors de la première mission de Pravind Jugnauth en Inde. Jhugroo demande au député mauve de laisser à la Cour trancher sur sa culpabilité. «To vwazin sa», interjette Bhagwan.

Baboo prend la parole. Shakeel Mohamed attend son tour mais la Speaker désigne Bhagwan pour la prochaine question supplémentaire. Il prend à témoin ceux qui l’entourent : «Beze sa!»

Bhagwan rappelle les affaires auxquelles le nom de Maunthrooa est associée. Le Premier ministre s’indigne : ce sont de «graves allégations». Bhagwan l’iterrompt plusieurs fois : «Piblik kone.» Jhugroo lui donne la réplique : «Al lapolis, al dir sa deor.»  Bhagwan lui rétorque : «To fek gagn beze, knock out.» Jhugroo, piqué au vif, lui lance : «Al bwar Lysol!» Le coup de coude bien senti de Boissezon ne freine pas le ministre des Collectivités locales.

La question sur les certificats de caractère des conseillers du gouvernement voit d’autres échanges tendus. Etienne Sinatambou interpelle Bhagwan, ce dernier n’en a que faire : «Pa koz ar mwa twa. To sanz parti kouma to sanz simiz. Al get Sunday Times.» L’hebdomadaire dominical a, dans son édition du 9 juillet, évoqué des «impayés» que devrait Sinatambou.

Le ton se durcit, Hanoomajee intervient. «He is provoking», proteste Roopun. Bhagwan récidive : «Al lir Sunday Times.» Jhugroo, agacé : «Al lir fey lisou?» Bhagwan rétorque: «Je n’ai pas de cas de violence domestique contre moi.» «Moi non plus», répond Sinatambou. Duval le regarde amusé, et fait allusion au «touni minwi».

La prochaine question, sur les passeports diplomatiques, provoque une nouvelle interpellation de Bhagwan sur Maunthrooa. Ce qui provoque un brouhaha. «To rev li aswar?» veut savoir le ministre des Collectivités locales.

La Speaker intervient pour ramener le calme. Et souligne qu’avec ce genre de comportement, certains propos inacceptables peuvent lui échapper.

Le reste de la séance se déroule dans un calme relatif. Shakeel Mohamed, ordinateur portable sur les genoux, tape avec deux doigts. Ivan Collendavelloo travaille sur ses notes, certains élus se sont éclipsés, d’autres papotent.

La Speaker interrompt Toussaint, qui s’est engagée dans une longue liste. Elle écourte son intervention alors qu’il lui reste deux pages et demie. Certains ont déjà rangé leurs affaires, à l’instar du Premier ministre dont les dossiers sont littéralement ficelés devant lui. La Speaker interrompt la séance pour la pause-déjeuner quelques minutes plus tard.