La mascarade n’est pas terminée. Quelques rebondissements politiques majeurs sont toujours à prévoir dans les semaines qui viennent. Voici pourquoi…

Soyons clair. Il n’est absolument pas exclu que les discussions PTr-MMM reprennent. On entend déjà les militants et quelques responsables mauves rétorquer – avec peu ou prou de conviction et au choix : (1) Ramgoolam a joué avec nous, on ne peut lui faire confiance (2) Bérenger dit que c’est fini (3) L’assemblée des délégués a décidé de l’arrêt définitif des pourparlers.

Ce serait mal juger le champ des possibles. Les « out, out, out » de Bérenger peuvent se transformer en « on, on, on » en l’espace de quelques semaines. Tout comme une décision de l’Assemblée des délégués, entérinant par exemple le Remake 2000, peut devenir caduque sans qu’une autre réunion de cette instance n’en décide autrement. Enfin, si Ramgoolam a « joué » avec le MMM fin 2009 et mi-2012 en montrant de l’intérêt pour un rapprochement clé-cœur, cela n’a pas empêché la hiérarchie mauve de renouer le dialogue avec lui début 2014.

Il ne faut jamais perdre de vue que notre système électoral – actuel ou réformé – privilégie les alliances. Paul Bérenger en a pleinement conscience et seuls ses militants qui ne voient pas au-delà des frontières de leurs circonscriptions mauve-vif diront qu’il est dans l’intérêt électoral du parti de se présenter seul aux prochaines législatives.

La question est donc à qui Bérenger préférera refaire confiance. A sir Anerood Jugnauth, avec un scénario inédit 32 (MMM), 23 (MSM) et 5 (PMSD) et un nouvel aménagement du primeministership entre SAJ, lui, voire une tierce personne ? Ou à Navin Ramgoolam, en annonçant bientôt, et à la surprise générale, que non seulement un accord a été trouvé mais aussi scellé et entériné entre eux ?

Pour Ramgoolam, l’impératif de trouver un deal est tout aussi réel. Le Premier ministre a bonne mémoire. Il se souvient du résultat de sa décision de briguer (presque) seul les suffrages en septembre 2000. Quatorze ans plus tard, il n’a même plus de « béquille » PMSD à sa disposition. Il aura beau bomber le torse, fort d’un sondage qu’il se garde (étonnamment !) de rendre public, Ramgoolam paraît condamné à contracter une alliance. Pour une multitude de raisons.

On dit l’homme lassé par les tracasseries quotidiennes qu’un Premier ministre doit gérer. On le dit également désireux d’accéder à un statut qui lui permettra d’incarner l’Etat à Maurice et à l’étranger. Pour Ramgoolam, revenir au pouvoir avec les Jugnauth implique garder le contrôle total des opérations. Rendant ainsi impossible sa retraite active à la nouvelle super-présidence. Si Ramgoolam joue la carte MSM, il se retrouve aussi avec le double handicap de ne probablement pas avoir une majorité des ¾ à l’issue des législatives. Mais aussi de s’acoquiner avec un partenaire qu’il passera son temps à surveiller.

Le chef du gouvernement est aussi, quelque part, dans une situation de « pez nene bwar dilwil ». Le MMM aura beau préciser qu’aucun ultimatum n’a été servi au Premier ministre, dans les faits, il a bien été demandé à Ramgoolam de se décider dans un délai donné. Or, l’accoucheur laborieux qu’est le leader des rouges déteste être brusqué et se cabre à chaque fois qu’on lui impose ce genre de pression. Plus que les lobbys hindous, plus que l’opposition des sacrifiés rouges, Le leader des rouges a probablement eu une réaction d’orgueil face à un MMM qui a donné l’impression de décider de l’issue des négociations face à un Ramgoolam perçu comme ayant perdu la main. Il vient de la récupérer en donnant l’impression que Bérenger s’est encore une fois laissé piéger.

Si Ramgoolam n’est plus pressé par le MMM qui, officiellement, se dirige désormais seul aux prochaines élections générales, le compte à rebours a néanmoins été déclenché. La rentrée parlementaire se rapproche inexorablement. Une motion de censure est également envisageable si le chef du gouvernement ne dissout pas l’Assemblée nationale après avoir fait voter le mini-amendement constitutionnel « shall-may ».

Ramgoolam a le choix. Il peut se déjuger en faisant mentir sa promesse « mo pou fini MMM » faite à son exécutif début 2009. Ou alors revenir sur son affirmation solennelle « pas question d’une alliance avec le MSM » de samedi dernier. En sachant que c’est le deal PTr-MMM qui le rapproche davantage de ses aspirations de retrait actif au Réduit. Fidèle à sa compulsion, il prendra le temps qu’il faudra pour se décider.

Mais cette denrée est très rare en ce moment. C’est probablement parce qu’il en a pleinement conscience que SAJ a lancé un appel sans équivoque à Bérenger en se disant prêt à « pez nene bwar dilwil » afin de retravailler avec le MMM. Bérenger a bien des handicaps, mais aux dernières nouvelles, il n’est pas sourd. SAJ le sait bien. Ramgoolam en a-t-il conscience ?