C’est sur le ton de la défiance que Gavin Glover a conclu son interrogatoire de Rakesh Gooljaury. Pour l’avocat, le témoin a fourni une mine d’informations à la police au sujet de Navin Ramgoolam. Le témoin nie avant de confirmer quelques instants plus tard que l’ancien Premier ministre avait bien précisé que le cas de vol survenu à son bungalow de Roches-Noires dans la nuit du 2 au 3 juillet 2011 soit rapporté à la police.

C’est désormais au tour de Narghis Bundhun, l’avocate de l’ancien Deputy Commissionner of Police (DCP) Rampersad Sooroojebally, d’interroger l’homme d’affaires. Oui, répond-il, quand la Senior Counsel lui demande de confirmer s’il n’a dit rien que la vérité depuis le 11 janvier 2015. Gooljaury est ensuite interrogé sur la séquence des événements de la nuit de juillet 2011. Notamment l’ordre d’arrivée et de départ de Sooroojebally et Dev Jokhoo, également un ancien DCP, au bungalow de Navin Ramgoolam.

Arrivé le premier après le vol, Gooljaury explique que Sooroojbally a pris le récit de Navin Ramgoolam et Nandanee Soornack en cours. Si l’homme d’affaires affirme que les 5 ont discuté de ce qui s’était passé ce soir-là, il dit ne pas être en mesure de préciser qui, de Sooroojebally ou Jokhoo, a suggéré de ne pas porter plainte à la police à la suite du vol.

L’avocate confirme également auprès du témoin qu’il ne connaissait pas son client et qu’il ne l’a plus revu depuis. Gooljaury précise, dans la foulée, que Sooroojebally ne lui a pas donné d’instruction sur ce qu’il fallait dire dans sa déposition à la police. Et qu’étant le responsable de la Very Important Supporting Unit, il était normal que l’ancien DCP se rende auprès de l’ancien Premier ministre.

Narghis Bundhun questionne ensuite Gooljaury dans les moindres détails sur son itinéraire le soir du vol ainsi que le jour suivant. De même que sur son audition par la police, le 3 juillet à Roches-Noires. Si le témoin se souvient avoir parlé à la police ce jour-là, il dit n’avoir aucun souvenir d’un appel d’un enquêteur en avril 2012 pour qu’il fournisse des compléments d’information. Pourtant, l’avocate insiste, l’appel a bien eu lieu et la parole du policier qui dit avoir contacté Gooljaury ne peut être remise en cause.

Après Roches-Noires, l’avocate s’intéresse à la vie privée du témoin. Notamment son divorce à l’amiable avec son ex-femme. Gooljaury tente de dissuader l’avocate de l’interroger sur son intimité. Mais il est immédiatement rappelé à l’ordre par Raj Seebaluck. «Ou reponn kestion», intime le magistrat de la Cour intermédiaire.

Narghis Bundhun remarque que le divorce à l’amiable de Gooljaury impliquait qu’il cède certaines parts du business à son ex-femme. Toutefois, remarque l’avocate, le témoin s’est gardé d’informer celle-ci de la situation financière précaire de l’entreprise. «Mo ti dir mo pou sey fer biznes marse», nuance le témoin. Il l’a fait en donnant des informations sur Ramgoolam au gouvernement, avance l’avocate. «Li pa vre, mo travay dir, mwa», se justifie le témoin.

Son entreprise ayant été placée sous administration judiciaire, Me Bundhun note que Gooljaury s’est dans un premier temps gardé de collaborer avec l’administrateur PwC. Mais qu’il a aussi tu la vérité à ses employés qui sont arrivés à leur travail un matin, seulement pour constater que tous les dossiers de l’administration avaient disparu. L’homme d’affaires, gêné, n’arrive pas à expliquer pourquoi il leur avait expliqué, en 2016, que les dossiers se trouvaient dans le Sud, alors que PwC en avait en fait pris possession.

L’interrogatoire de Gooljaury par Narghis Bundhun se termine sur le même ton qu’il avait commencé. «Mwa, mo dir ou tou saki ou pe dir depi le 11 zanvie 2015, ce ne sont que des mensonges. Ou fi’nn bizin sanz master akoz Navin Ramgoolam nepli Premie minis», assène l’avocate au témoin, sur la défensive.

Le contre-interrogatoire de Gooljaury devait reprendre à 13h30, ce lundi 27 novembre, cette fois-ci menée par Me Gujadhur, l’avocat de l’ex-DCP Dev Jokhoo. Cet exercice reprendra toutefois lundi prochain. Une partie des questions a déjà été abordée dans la tranche matinale, a fait valoir Me Gujadhur. Qui ne veut pas non plus dévoiler ses armes trop tôt: la séance du jour aurait été ajournée à cause des horaires de la Cour.

Note : Le texte mentionnait, de manière erronée, la firme BDO au niveau de la mise sous receivership de l’entreprise de Gooljaury.