Électoraliste. C’est ainsi que plusieurs opposants de Pravind Jugnauth ont immédiatement décrit son discours du Budget de ce jeudi. Certains pensent même avoir fait la démonstration que le pays sera précipitamment rappelé aux urnes. En se fondant sur la dotation budgétaire de la Commission électorale qui passe de Rs 74 millions pour l’année 2017-2018 à Rs 257 millions puis Rs 351 millions en 2018-2019 et 2019-2020 respectivement. Si ce budget est vraiment annonciateur de législatives, on pourrait tout aussi bien en tirer deux autres conclusions. D’abord, que le bon sens fait défaut à Pravind Jugnauth. Ensuite, que l’électorat est encore plus bête qu’on ne le pense. Les deux propositions sont pourtant fausses.

Pour s’en convaincre, passons en revue les 4 mesures jugées populistes dans le discours du chef du gouvernement. La première est en fait une non-décision. Soit l’annonce qu’on n’annoncera pas une augmentation des tarifs de l’eau. La deuxième n’est qu’une timide tentative de calmer la colère des consommateurs. Entre janvier 2017 et mai 2018, le litre d’essence a connu une hausse de Rs 13,15 (33,8%) tandis que le diesel a grimpé de Rs 12,40 (42%).

En réduisant le prix du litre d’essence et de diesel par Rs 2,35 et Re 1,90 respectivement, Pravind Jugnauth cantonne la flambée sur 18 mois à «seulement» 27,8% et 35,6%. Est-ce vraiment une mesure électoraliste quand on sait que faire un plein de 50 litres d’essence coûte toujours Rs 540 plus cher qu’en décembre 2016 ? A raison de seulement trois pleins par mois, ce sont Rs 1 620 qui disparaissent mensuellement de la poche de l’automobiliste.

Oui, mais il y a des mesures qui permettent aux familles d’économiser plus directement. Comme la réduction de Rs 30 par bouteille de gaz de 12 kilos. Là encore, l’effet cumulatif est limité. Car une famille consomme en moyenne deux bouteilles de gaz de cette contenance par mois, soit une possible économie de Rs 60. Reconnaissons toutefois qu’entre la réduction précédente de Rs 60 en juillet 2016, le ministre des Finances fait réaliser une économie de Rs 180 à un couple. Si celui-ci a une voiture, il y a toutefois de fortes chances qu’avec la hausse du carburant, ses dépenses aient en fait augmenté d’au moins Rs 1 400 par mois.

C’est là que les adversaires de Pravind Jugnauth dégaineront le bribe par excellence. Soit la réduction du taux d’imposition de 15% à 10% pour ceux gagnant jusqu’à Rs 50 000 par mois. Or, la mesure n’est pas aussi populiste qu’on pourrait le croire. Le rapport Labour force, Employment and Unemployment  pour l’année 2017 [voir plus bas] le confirme. Environ trois salariés sur quatre gagnent moins de Rs 25 000 chaque mois. La mesure annoncée ne concerne, en fait, que 15% des salariés.

En regardant les chiffres de plus près, on constate également que ce sont ceux qui sont plus proches d’un niveau de salaire de Rs 50 000 – soit seulement 6% des salariés – qui connaîtront une vraie embellie. Par exemple un couple avec un enfant, composé d’un fonctionnaire et d’une cadre du privé avec des salaires de Rs 46 000 et Rs 49 000 respectivement économisera Rs 25 750 par an. De quoi surcompenser les dépenses additionnelles suite à la hausse du carburant depuis 2017. Si ce même couple perçoit plutôt Rs 32 000 et Rs 28 000 de salaire, l’économie annuelle en impôts n’atteint alors que Rs 3 000. Un montant largement insuffisant pour absorber la seule montée du prix de l’essence, par exemple.

Le ministre des Finances n’est pas dupe, les Mauriciens non plus. Le premier réalise que c’est sur un bilan de bâtisseur et de leader intraitable que se jouera sa réélection et non sur quelques amuse-bouches budgétaires. Car la majorité des  électeurs se rendra bien assez vite à l’évidence : à l’épreuve du budget familial réel, les mesures électoralistes dans le discours du 14 juin ne sont pas suffisantes.