Il a donné le coup d’envoi des débats budgétaires ce matin. Saluant les mesures pour le combat contre la pauvreté mais remettant en question l’orientation économique du gouvernement.

Ce Budget est « rempli de bonnes intentions qui résonnent comme une douce musique aux oreilles », a d’emblée déclaré Reza Uteem. En déplorant cependant le manque de mesures fortes pour favoriser l’investissement.

« Le gouvernement sera jugé non pas sur ses promesses mais sur ses actions », a fait ressortir le président de la commission économie du MMM.

Il reste toutefois « pessimiste » quant à l’économie, notant une « nette détérioration » depuis l’arrivée au pouvoir de l’Alliance Lepep. Aucune mention du 2miracle économique, fait ressortir Reza Uteem, ni du bilan du gouvernement dans le Budget présenté par Pravind Jugnauth. Même si l’actuel ministre des Finances, en poste depuis deux mois, « ne peut être tenu pour responsable de la performance du gouvernement ».

Le taux de croissance à 5,3% prédit par Vishnu Lutchmeenaraidoo, a-t-il poursuivi, ne se matérialisera pas. Et avec le Brexit, dit Reza Uteem, « il est probable que la croissance à 4,1% ne sera qu’un mirage ».

« Pour qu’il y ait croissance, il faut de l’investissement. Et la croissance est nécessaire pour la création d’emploi », relève le parlementaire mauve. Or, l’investissement est en berne, estime Uteem, que ce soit du côté du secteur public que privé.

Fonds «sous-utilisés»

Et de citer les Rs 9,6 milliards d’investissements directs étrangers pour 2015 au lieu des Rs 140 millions prévus par le Premier ministre dans sa Vision 2030. Ou encore la « sous-utilisation » des fonds publics pourtant votés l’année dernière : Rs 195 millions des Rs 900 millions budgétées pour des travaux de drains, Rs 383 millions sur les Rs 2 milliards prévues pour la Central Water Authority, entre autres.

Et si la logique de réduire les dépenses publiques pour la dernière année financière était de faire baisser la dette publique, le gouvernement a, de nouveau, raté le coche, analyse Reza Uteem. Celle-ci grimpant à 65% pour 2015.

Les petites et moyennes entreprises, regrette le député MMM, peinent à décoller. Pas de banque dédiée, contrairement à ce qui avait été annoncée dans le Budget l’année dernière. A la place : la MauBank et les Rs 3,1 milliards que l’Etat y a injectées, mais aussi la Development Bank of Mauritius, déclarée moribonde il n’y a pas si longtemps, qui accueille un ‘fast track desk’, ironise le parlementaire.

L’Inde et le Metro Express

« Nous devons encore une fois remercier l’Inde. Sans ses Rs 12,7 milliards, la dette publique serait beaucoup plus importante », a indiqué Uteem.

Cette aide de la Grande péninsule servira notamment à financer le projet de métro léger, baptisé métro express. Il était temps que ce projet, « qui était déjà à l’agenda du gouvernement MSM-MMM » il y a près de dix ans, n’a pas manqué de rappeler Uteem, revienne sur le tapis.

Il s’interroge cependant sur la pertinence de Heritage City alors que le Parlement, « patrimoine national », a été rénové à grands frais.

S’il salue le fait que les fonds alloués à cette nouvelle ville aient été revus à la baisse, le député mauve estime toutefois que les Rs 2,7 milliards auraient dû servir à la construction de logements sociaux ou encore d’écoles.

CSR : d’un extrême à l’autre

Sur le plan social, Reza Uteem salue les mesures pour combattre la pauvreté, bien qu’il les juge insuffisantes. Il faudrait être flexible dans l’allocation de la « subsistence allowance », suggère-t-il, notamment pour les familles qui pourraient être qualifiées de pauvres en raison de leur niveau d’endettement.

De même, dit Reza Uteem, le seuil minimum de 60% de handicap pour bénéficier de l’allocation de la pension d’invalidité est trop rigide.

Les handicapés devraient aussi pouvoir continuer à recevoir cette aide après leurs 60 ans. « Un handicapé n’arrête pas d’être handicapé » arrivé l’âge de la retraite.

Abordant la création d’une National CSR Foundation, le parlementaire de l’opposition affiche son scepticisme. « D’une certaine manière, le gouvernement est passé d’un extrême à un autre », dit-il.

L’obligation faite aux entreprises de contribuer 50% de leurs fonds CSR (Corporate Social Responsibility) à cette fondation, qui doit encore être mise sur pied, risque de mettre un frein aux contributions du secteur privé, craint Uteem.

Il faudrait, soutient le député, réintroduire les CSR guidelines, enlevées l’année dernière. Qui se demande également si le concept de parrainage, introduit par Lutchmeenaraidoo, sera maintenu.

Photo (archives) : Reza Uteem (a g.) et Paul Bérenger, leader du MMM et de l’opposition.