Voila un mois que cela dure. A cause d’un emploi en suspens, d’un investissement compromis ou de la curiosité qui pousse le passant à s’arrêter devant une maison en feu, l’affaire BAI est au centre de toutes les attentions. Certains y voient une manifestation de la loi du karma : qui sème le vent récolte… D’autres y distinguent une fable politico-institutionnelle avec une morale en trois volets. 1. Une personne ne doit jamais confondre les caisses de l’institution ou de l’entreprise qu’elle dirige et son porte-monnaie. 2. La trop grande proximité entre le monde politique et celui des affaires conduit immanquablement à des conséquences fâcheuses. 3. Les chiens de garde qui aboient timidement se font un jour mordre, méchamment !

Chargés de nos préjugés respectifs sur l’affaire BAI, nous en oublions toutefois que nous tous, le pays en entier, est peut-être assis sur une bombe à retardement. Elle n’explosera pas qu’une, mais probablement trois fois. Faisant d’importants dégâts politiques, institutionnels et économiques. Tic-tac, tic-tac…

La bombe politique. « Incestueux » est un bon mot pour décrire le lien que Navin Ramgoolam et le groupe BAI ont entretenu. Au-delà du long séjour gracieux de Nandanee Soornack chez les Rawat, à Diplomat Garden de Floréal, Dawood Rawat a été très généreux envers l’ancien Premier ministre et son parti. Toutefois, comme de nombreuses entreprises, la BAI n’a pas aidé qu’une seule formation politique. Pravind Jugnauth l’a avoué il y a 10 jours. Le MSM a également reçu des financements de Dawood Rawat en 2010, quand le trio PTr-MSM-PMSD a brigué les suffrages sous la bannière de l’Alliance de l’Avenir.

Le PMSD ayant été en alliance avec les rouges en 2000, 2005 et 2010, on peut présumer que les bleus ont également bénéficié de la générosité de l’homme d’affaires déchu. Xavier Duval aura l’occasion de le préciser bien assez vite. Fort d’une consultation des archives financières de son parti, l’expert comptable pourra même éviter, comme Pravind Jugnauth, de dire : « Je ne me souviens pas du montant [du financement] ». Car il est impératif de comprendre, comment « l’argent du Ponzi » — chaque sou — a été utilisé depuis 2007. L’année à partir de laquelle le groupe de Rawat a pris un tournant délictueux selon le gouvernement.

Avant et après 2007, la BAI a néanmoins su faire preuve de générosité tactique. Elle l’a encore démontré récemment en sponsorisant, avec Air Mauritius, le « livre » d’un « journaliste » à la gloire de sir Anerood Jugnauth. Quelles autres générosités ont été consenties par le groupe ?

Les journalistes ont parfois le fâcheux travers de ne pas poser des questions précises à leurs interlocuteurs et, au passage, de ne pas exiger d’eux une réponse claire. Ainsi, si le leader du MSM a admis avoir profité du parrainage financier de Dawood Rawat en 2010, personne ne lui a demandé si cela a été le cas en 2014, en 2005, 2000, 1995, 1991 ou 1987. Même chose pour les bleus et le MMM.

Il faut qu’on le sache. Afin de mieux demander à tous les partis ayant profité des largesses de la BAI de restituer intégralement les montants reçus. C’est peut-être là une des missions connexes qu’on pourrait confier au special administrator du futur National Property Fund. Cela serait en droite ligne avec la récente déclaration de sir Anerood Jugnauth à propos de l’argent volatilisé au sein du groupe BAI. « Nou pou al tir kof, ninport kot zot ete atraver lemond », a promis le Premier ministre ce vendredi.

Ce serait admirable que le gouvernement s’intéresse aussi à « tou kof » de nos partis politiques. Car si le PTr peut se complaire du fait d’avoir eu le soutien financier de Dawood Rawat, les partis politiques actuellement au pouvoir doivent abhorrer l’idée d’avoir perçu, à un moment ou à un autre, « l’argent du Ponzi ».

C’est donc avec un certain soulagement et une dignité certaine qu’ils rembourseront toute somme reçue des Rawat. Si leur mémoire leur fait défaut sur les montants acceptés, on peut compter sur le climat de grand déballage actuel pour raviver les souvenirs. Il doit, en effet, bien rester quelques traces écrites des sommes remises au fil des années. L’expert des enquêtes financières qu’est Roshi Bhadain n’aura aucun mal à les retrouver. Le cas échéant, les journalistes pourront toujours aider…

(…à suivre)