En attendant les smart cities, on a le droit de se poser des questions sur ce qui se passe sur nos routes ? Certes, il n’y a pas plus grave que les morts que nous ne comptons plus, souvent des motocyclistes ou des piétons âgés qui sont d’une vulnérabilité évidente. Mais il y a aussi, à un autre niveau, toutes les peines que vivent au quotidien des milliers de gens avec ces interminables travaux routiers.

Après le tout-à-l’égout et les câbles optiques, nous subissons maintenant les installations de tuyaux d’approvisionnement d’eau. Une nécessité, sans doute, mais on peut se demander si cet argent n’aurait pas mieux servi dans la mise-sur-place de systèmes de collecte d’eau de pluie dans les foyers. Tout comme pour le traitement des eaux usées ou des déchets et la production d’énergie, la décentralisation est aujourd’hui ce qu’il y a de plus intelligente tout en préservant l’environnement. Or, ce que nous voyons sur nos routes, ce sont des trous pas-du-tout smart.

D’abord, nous avons pitié des pauvres gens qui font fonction de « vir-go » tant ils sont mal équipés, sans formation aucune et exposés aux dangers et insultes de toutes sortes. Certains travaillent le soir sans gilets fluorescents et beaucoup d’autres ne portent jamais de masques contre les poussières de toutes sortes. Ils n’ont pas de casques, ni de gants, ni de souliers de protection. Quelles sont leurs conditions d’emploi ? Combien les paie-t-on ? Par contre, combien obtiennent les contracteurs et sous-contracteurs ?

Et il ne faut pas croire que ces trous sont une technique « smart » pour prévenir les accidents. Au contraire, un tour auprès des assureurs ou des mécaniciens confirmera que leur nombre prend l’ascenseur. Il n’y a pas que les trous qui provoquent directement des accidents. Souvent, les déviations sont mal indiquées, sinon les plaques ne sont pas retirées lorsque les travaux sont « terminés ». Face à l’inconnu, nombreux usagers de la route finissent par commettre l’irréparable. Car on ne sait pas vraiment comment ces contracteurs procèdent : ils découpent, fouillent, bouchent ici pour commencer là-bas et ensuite revenir au point de départ… entre deux ou trois trous creusés un peu à côté.

Le comble, c’est qu’ils n’offrent pas toujours de chemins alternatifs faciles, effectuant des travaux sur plusieurs rues parallèles simultanément. Et que dire des endroits qui servent « d’entrepôts » temporaires pour machines et véhicules ? Les contracteurs sont-ils autorisés à opérer ainsi ? A l’heure des smartphones, il faut se demander pourquoi il n’existe pas un site sur Internet pour donner des détails sur les lieux de fouille, les dates, les horaires, les déviations. Mieux, nous aurions même espérer avoir en temps réel, sur nos téléphones, la progression des travaux et l’évolution du trafic routier.

Savons-nous que la mauvaise qualité de la surface des routes augmente la consommation de carburant d’au moins 5% ? Et qu’en est-il de l’usure des pneus, des amortisseurs et des systèmes de suspension ? C’est mieux de ne pas parler de la saleté qui accumule sur les véhicules, encore moins du stress et du retard qu’engendrent les travaux en cours. Si ces fouilles sont nécessaires, il demeure qu’elles peuvent être mieux gérées.

En attendant, une compensation générale du gouvernement sous la forme d’une exemption des droits de douane et d’autres taxes sur les pièces de rechange serait bienvenue. Pourquoi ne pas suspendre, au lieu des employés qui ne font que leur travail, la contribution que les automobilistes et motocyclistes font à la Road Development Authority et réduire ainsi le prix des carburants ? Payer pour les routes et les trous, dans un même geste, ne relève pas de ce qui est « smart ». Il faut espérer que ce ne seront pas les mêmes qui construiront les smart cities !