Au cours du discours sur le Budget présenté par l’honorable Pravind Jugnauth, cette déclaration audacieuse : «It is a war that we must win and WE WILL WIN», doit avoir résonné aux oreilles de nombreuses personnes pour de mauvaises raisons. Le Premier ministre faisait référence à la guerre contre les drogues actuellement menée par le gouvernement de Maurice.

Cette déclaration trouve sa place dans un film de série B. Qui conseille le Premier ministre en matière de drogues ? Toute personne ayant un minimum de connaissance sur les politiques de drogue sait que cette «Guerre»  a été, et reste dans l’Histoire, un désastre total. En 2015, j’avais écrit sur ce sujet pour avertir le gouvernement de ne pas adopter cette approche vouée à l’échec, mais plutôt d’examiner les différentes alternatives qui se sont avérées plus efficaces.

Certes, l’Anti Drug and Smuggling Unit (ADSU), la Mauritius Revenue Authority (MRA), l’Independent Commission against Corruption ont fait un bon travail, notamment ces derniers temps, lors de saisies de drogues illégales, et je tiens à féliciter ces honnêtes officiers pour cela. Cependant, arrêtons-nous un instant et observons les mesures qui seront mises en place dans les jours prochains. Réfléchissons sérieusement aux conséquences négatives qui s’en suivront, et surtout à l’impact sur la sécurité de nos enfants.

La raison pour laquelle nous sommes infestés de drogues illégales est la législation en place dans notre pays. Ces lois répressives ont permis au système complexe du marché noir de prospérer, en faisant des millionnaires en cours de route. Dès qu’un produit devient illégal, la demande augmente (le prix également) et les trafiquants de drogue mettent au point un moyen de commercialiser ce produit. L’humain consomme des drogues depuis la nuit des temps pour différents usages. Interdire une substance et adopter des mesures répressives pour repérer les vendeurs et les utilisateurs, ne feront pas disparaître «l’envie» de consommer ces produits. Il semble que les trafiquants de drogue comprennent ça mieux que les fonctionnaires du gouvernement…

Ce système répressif adopté par la plupart des régimes, dont le gouvernement mauricien, force les usagers à se tourner vers des trafiquants sans scrupules, prêts à s’enrichir rapidement, au détriment de la santé et de la sécurité des consommateurs (pensez-vous honnêtement que nos dealers vérifient les ID des personnes qui achètent leur produit ?).

Depuis ces derniers mois, nous voyons une conséquence directe de la politique répressive de notre gouvernement : la prolifération des drogues synthétiques. Il n’est un secret pour personne que  les trafiquants ciblent les fumeurs de cannabis. Face au prix exorbitant d’un cannabis de mauvaise qualité,  et toujours illégal, nombre de fumeurs se sont tournés vers des alternatives beaucoup plus puissantes, moins coûteuses, et parfois  tout aussi illégales sous la Dangerous Drugs Act.

Nous devons absolument chercher les moyens de réduire les risques associés à la consommation de drogues à Maurice, en particulier chez les jeunes qui se tournent vers des drogues de synthèse. À ce jour, il n’existe aucune étude sur la prévalence réelle de la consommation de drogues dans notre pays, les seules données disponibles sont les enquêtes sur l’usage de drogue injectables.

Avant d’augmenter le budget de la MRA et d’ajouter 50 agents à l’ADSU, il serait judicieux de rassembler des données scientifiques, de comprendre la vraie étendue de la consommation de drogues. Puis, d’augmenter en conséquence les budgets des instances légales, MAIS SURTOUT d’assurer le financement des mesures de santé public (incluant la prévention, la réhabilitation et la réduction des risques), pour une approche intégrale qui, à long terme, sera plus favorable.

L’ancien secrétaire général de l’Onu, Kofi Annan, l’a souligné: «Les drogues ont détruit de nombreuses vies, mais de mauvaises politiques gouvernementales ont détruit beaucoup plus. Les politiques de drogues doivent être réformées pour s’assurer qu’elles encouragent la prévention et le traitement, en fonction des preuves de ce qui fonctionne.»

Il faut une volonté politique et du courage pour changer un système qui a fait plus de mal que de bien. Malheureusement, encore une fois, Maurice manque de leadership politique et rate une occasion en or de renforcer ses mesures de santé. Notre pays ferme les yeux sur ses erreurs passées et met à risque l’élaboration juste du National Drug Control Master Plan, prévue pour août 2017.

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