Les différents articles de presse ainsi que les récents incidents témoignent, pour la énième fois, du drame dans notre société « moderne » concernant les jeunes en difficulté.

Le KDZM et autres acteurs de la société civile ont plusieurs fois attiré l’attention, et ce depuis des années, sur l‘urgence de réactualiser et de faire voter la Juvenile Offenders Act qui date de 1935. Il en va de la vie de centaines de jeunes qui sont sacrifiées par leur détention dans un centre qui, au lieu de construire, détruit leur avenir. Cela est d’autant plus terrible qu’il n’y a jamais eu autant d’unanimité de la part de tous les spécialistes et responsables de la question (travailleurs sociaux ; psychologues ; le Deputy Chairperson de la National Human Rights Commission Mauritius Hervé Lassémillante ; l’Ombudsperson for Children Rita Venkatasawmy) sur l’incapacité du RehabilitationYouth Centre (RYC) à répondre aux besoins de ces enfants.

Ces recommandations déjà faites concernent entre autres :

  • La création d’une Cour juvénile avec des juges spécifiquement formés pour traiter ces cas où des mineurs sont impliqués.
  • La nécessitéque les juges et avocats soient appelés à visiter les RYC et Correctional Youth Centre pour parfaire leur connaissance de la situation réelle en vue de prendre une décision éclairée concernant l’avenir de ces enfants, dans l’intérêt supérieur de l’enfant.
  • Un plan individuel de formation, d’accompagnement psycho-socio-médico-éducatif et de réinsertion sociale pour chaque mineur ayant commis un délit.
  • Une étude de peines alternatives (travaux communautaires, placement en famille d’accueil spécifiquement accompagnée et formée pour accueillir les enfants, etc.).
  • Bannir la cohabitation entre les « Child beyond control » et ceux qui ont vraiment commis un délit. Demandé à plusieurs reprises, notamment dans des recommandations du KDZM pour le futur Children’s Bill.
  • Mettre l’accent sur le soutien, la médiation et le counseling des parents ayant des difficultés avec leurs enfants de tout âge.
  • Qu’il y ait un dossier pour chaque enfant en « alternative care» constitué et mis à jour, de manière continue, avec le rapport des différents professionnels qui interviennent durant la vie de l’enfant au lieu d’un dossier « ad hoc ».

Durant son séjour à Maurice en mai 2015, le Dr Fanny Cohen-Herlem, pédopsychiatre, experte au Service Social International, et experte auprès de la Cour d’appel de Paris (notamment pour les cas d’abus sexuels concernant les mineurs victimes ou abuseurs) avait aussi parlé de la nécessité de « la primauté de l’éducation sur la répression dans une perspective de réinsertion sociale ». Il est plus que temps que la ministre de l’Egalité des genres, du Développement de l’enfant et du Bien-être de la Famille et la ministre de la Sécurité sociale se mettent d’accord pour enfin apporter des changements car il n’est plus possible de se voiler la face vis-à-vis de cette maltraitance des enfants.

Jusqu’à quand société civile et experts vont-ils faire des recommandations ?

Qu’attend l’Etat pour mettre en place ces recommandations ?

L’Etat mauricien doit absolument prendre en considération une réelle prise en charge et réhabilitation des enfants mauriciens. Ce sont des enfants et des familles en souffrance qui ont besoin d’être aidés et accompagnés dans la durée.

Selon l’Organisation mondiale de la santé en 2014, « l’accompagnement des enfants et des familles dans la durée peut réduire le risque de répétition des mauvais traitements et minimiser leurs conséquences […], améliorer les compétences des parents en matière d’éducation, leur inculquer de meilleures connaissances du développement de l’enfant et promouvoir des stratégies positives de gestion du comportement de l’enfant ; interventions à volets multiples, avec généralement des composantes soutien et éducation des parents, enseignement préscolaire, et soins à l’enfant ».

L’Etat mauricien doit absolument se centrer sur l’accompagnement des parents pour les aider à mieux comprendre le développement de leurs enfants et mieux les rejoindre. Les défis de ce développement ainsi que les changements environnants auxquels ils font face.

Nous ne voulons plus de discours, il n’est pas utile d’attendre plus de recommandations, nous attendons de l’action pour une réelle amélioration !