Il aura fallu cinq ans d’enquête pour les coincer. Bheemal Bissessur, 40 ans, et Sanjeev Luchman, 48 ans, deux directeurs de la société Whitedot International Consultancy Ltd (WICL), ont été inculpés ce vendredi devant le tribunal de Rose-Hill pour blanchiment. Ils ont été appréhendés par l’Independent Commission against Corruption (ICAC) pour deux cas où ils ont enfreint la Financial Intelligence and Anti-Money Laundering Act (FIAMLA) sur la dizaine d’affaires impliquant le blanchiment de Rs 23 millions.

Dans la présente affaire, il est reproché à Bheemal Bissessur d’avoir émis un chèque d’un montant de Rs 235 000 à une dénommée Priya Soty en février 2013. Quant à Sanjeev Lutchman, il avait, à mars 2013, une somme de Rs 1 008 352 sur son compte en banque. Ils sont accusés d’avoir «wilfully, unlawfully and criminally engage in a transaction that involved property which in whole, directly or indirectly represented the proceeds of a crime»

En clair, la Commission anticorruption considère que ces sommes sont le fruit des activités de blanchiment de WICL. Les suspects font également face à une dizaine de cas de blanchiment dans chacune des charges provisoires retenues contre eux. Leur inculpation intervient après celle d’Arun Mussoodee, le fondateur de WICL qui, lui, est soupçonné d’avoir blanchi Rs 20 millions.

L’ICAC a épluché plus de 1 800 contrats et a entendu une centaine de témoins ayant investi plus de Rs 100 000 chacun dans les plans de financement proposés par WICL. Elle a dû monter des dossiers relatifs aux sommes utilisées par les accusés pour des acquisitions, des paiements ou des dépôts bancaires afin de pouvoir les inculper sous la FIAMLA.

Au total, les suspects font face à 41 charges provisoires pour des transactions de Rs 45 millions. Ils ont floué des milliers de Mauriciens en leur promettant un taux d’intérêt défiant toute concurrence pour des investissements sur la période de 2010 à 2013. Certains ont placé des économies de toute une vie dans WICL en espérant les voir fructifier en un tour de main.

Fonctionnaires, planteurs et retraités ont placé des centaines des millions de roupies dans cette société qui opérait au St James Court, un immeuble abritant les bureaux des grands noms du barreau et de la Délégation de l’Union européenne, entre autres, à Port-Louis. WICL est soupçonné par les autorités d’avoir amassé plus d’un milliard de roupies alors qu’elle ne détient aucun permis d’opération.

Le véritable montant pourrait ne jamais être connu, nombre de victimes ne voulant se manifester afin de ne pas être inquiétées par la Mauritius Revenue Authority (MRA), voire l’ICAC. A l’époque, le Central Criminal Investigation Department (CCID) avait consigné plus d’une centaine de plaintes alors que la Banque de Maurice avait ouvert un comptoir spécial exceptionnellement un samedi pour compiler les doléances des victimes.

WICL avait mis en place un mécanisme bien rodé pour piéger ses victimes. Elle sélectionnait un groupe de personnes, leur versait les intérêts promis tout en les invitant à aiguiller d’autres clients vers elle. Si ce n’était pas des planteurs qui ont reçu une avance pour la récolte de la canne ou des fonctionnaires qui ont bénéficié d’une augmentation salariale grâce au Pay Research Bureau (PRB), des retraités ayant perçu leurs «lump sum» mordaient qui tombaient dans le panneau.

Certains ont revendu leurs maisons alors que d’autres ont contracté des prêts auprès du Civil Service Mutual Aid pour y investir de l’argent. Cangayen Pillay, porte-parole des personnes lésées par les ventes à la barre, avait même organisé une réunion avec les victimes pour savoir comment les autorités pourraient leur venir en aide.

La chaîne de pizzeria La Napoletana a été fermée, étant une filiale de WICL à travers Neuf International Ltd. Tout comme Miway Ltd, une firme de location de voitures possédant une flotte de plus de 120 véhicules. Interpol avait aussi été sollicité sur ce dossier car WICL est soupçonné d’avoir placé de l’argent à l’étranger. Tous ses actifs ont fait l’objet d’un «restraining order» par l’Asset Recovery Unit de la Financial Intelligence Unit (FIU).