Toute âme doit goûter la mort. Et nous serons ramenés à Dieu pour rendre des comptes. Y compris à propos de notre choix politique. Le Prophète (saw) nous enseigna que « celui qui nomme une personne à un poste de responsabilité, en sachant qu’il y a quelqu’un d’autre qui satisfait mieux Dieu, aura ainsi trahi Dieu, Son Envoyé et les croyants ».

Le vote musulman peut être contraire à l’islam, non parce que nous choisissons un non-musulman, mais parce que nous votons pour quelqu’un qui nous trahit lorsque nous lui faisons confiance, qui ment lorsqu’il parle, qui ne tient pas sa promesse, qui est injurieux dans sa parole. C’est par ces traits que nous reconnaissons l’hypocrite, selon les dires du Prophète (saw). Il nous est interdit de voter pour celui qui n’est pas intègre, qui n’est pas compétent et qui n’est là que pour se servir. « Nous ne donnons pas le pouvoir à ceux qui le demandent, ni à ceux qui le veulent à n’importe quel prix », nous affirma le Prophète (saw).

Aux politiciens qui nous promettent tout et n’importe quoi, répondons-leur que nous ne sommes pas à vendre. Certes, il y aura ceux qui voteront pour untel contre un lopin de terrain, un emploi, de l’argent, voire même une assiette de briani. Mais cela est contraire à notre foi et Dieu les jugera. Nous n’avons pas le droit de vendre notre conscience afin d’obtenir un gain personnel, ou celui de nos proches. Nous ne sommes pas une communauté mendiante et ne revendiquons rien que les mêmes droits que les autres.

Certains, s’arrogeant le droit de parler en notre nom, exigent un poste ou un autre devant revenir à un musulman. D’autres font des promesses alors que nous ne leur demandions rien. Plus qu’une certaine représentativité musulmane, ce qu’ils cherchent, sans doute en toute sincérité, n’est-ce pas simplement une meilleure visibilité de l’islam ?

Cet islam, que nous voulons voir dans les plus hautes sphères politiques, c’est le fait de rejeter l’adoration du pouvoir, de l’argent et du plaisir de ce monde. C’est le respect de la vérité, l’éthique de dignité et de solidarité, le comportement humble, le sens du sacrifice, le souci de justice, la proximité avec les plus vulnérables, défendre le bien, empêcher le mal, préserver la nature comme signe de Dieu. L’islam, c’est le refus de la luxure, de l’arrogance, de l’excès et du culte de l’apparence et de la personnalité.

Ne réduisons pas cet islam que nous voulons de tout cœur à la nomination d’une personne avec un nom musulman. Cet islam-là n’est pas seulement un bienfait pour les musulmans, mais aussi pour tous ceux qui aspirent à la paix de l’être.

Que Dieu soit notre témoin au moment d’élire nos représentants. Supplions-Le afin qu’Il nous guide dans notre choix car cette tâche est difficile. À voir le profil de beaucoup de ceux qui nous demandent de leur faire confiance, il y a de quoi désespérer. Sauf que notre confiance ultime est en Dieu. Il ne faut ni idéaliser ni diaboliser les hommes. N’ayons jamais foi en eux, mais en Dieu. Ils ne sont que des agents de Sa Volonté.

L’abstention n’est pas une solution car l’élection se fera bien sans nous. Pire, il s’agit d’un piège car notre démission fera bien l’affaire de certains lobbyistes qui défendent des intérêts particuliers, socioreligieux, économiques ou autres. L’abstention est une tentation à laquelle il faut résister lorsqu’il y a une perception que toutes les communautés sont représentées ostensiblement, sauf les musulmans.

Votons en toute discrétion, avec intelligence et sachant que nous répondrons à Dieu de notre choix.

Votons de manière critique à la lumière des principes de l’islam, et non émotivement ou en retour d’un gain particulier.

Votons uniquement ceux qui sont propres, quitte à accorder le bénéfice du doute à ceux que nous ne connaissons pas.

Votons en choisissant méticuleusement nos élus, un par un, et non aveuglément, éliminant ceux qui nous déçoivent.