[Ce texte a été écrit et publié il y a cinq ans. «Mes propos sont les mêmes aujourd’hui»,
indique Khalil Elahee ce 3 octobre 2018.]

Les musulmans sont-ils attachés au Best Loser System (BLS) ? Bientôt, cette question aura aussi peu de sens que de se demander s’ils tiennent à la Muslim Personal Law (MPL). Cette dernière a disparu de manière consensuelle de l’agenda des politiciens. Les musulmans ont fini par faire l’impasse sur une question qui demeure essentielle d’un point de vue religieux.

Le BLS n’est pas l’islam. La MPL, par contre, est liée à la vie intime des musulmans. Il est question du mariage, du divorce et de l’héritage où il existe des prescriptions de la foi. Une réforme électorale n’est pas plus importante qu’une révision constitutionnelle afin de sauvegarder ces droits.

Il ne s’agit nullement d’islamiser notre Constitution. Autant n’y a-t-il pas lieu de différencier entre les citoyens pour le BLS, autant est-il inutile d’introduire un régime religieux à l’intérieur de notre système dit «laïc».

Ce que nous attendons de la Constitution, c’est qu’elle reconnaisse aux citoyens le droit de gérer leurs affaires personnelles selon leurs convictions. Le mariage musulman est un contrat entre deux individus. Le divorce en islam n’est pas d’abord une affaire de tribunal, mais une question de médiation et d’arbitrage. Le musulman a aussi le droit de disposer de ses biens selon un testament.

Et c’est aussi au nom de l’islam qu’il faut dire non au BLS. Quand Dieu nous ordonne la justice et l’équité, ne s’agit-il pas là d’un ordre à choisir notre représentant en fonction de son intégrité, de sa compétence et de sa volonté de servir ? Où est-il dit qu’un musulman doit voter pour un musulman ? Interprétant les références islamiques, Ibn Qayyim disait : «Quel que soit le procédé par lequel on aboutit à la justice et à l’équité, celui-ci fait partie de la religion.»

Il ne s’agit nullement de promouvoir un État à l’intérieur d’un autre. Tout le monde semble vite le comprendre lorsqu’il s’agit de la finance islamique. Certains vont jusqu’à intégrer des principes de la finance «islamique» dans un cadre capitaliste ultralibéral. Cette mascarade n’est pas nécessaire pour les affaires personnelles. L’État peut se passer d’une référence religieuse spécifique. Les citoyens doivent être libres de gérer les aspects intimes de leur vie selon l’éthique de leur choix. Le business de la nourriture «halal» est aussi lucratif, mais il ne faut pas que l’État s’en mêle. Nous ne savons que trop bien comment se passe l’organisation du hajj. La gestion des lègues et biens, dit «awqaf», est un autre sujet qui doit interpeller les musulmans. L’État ne peut s’en occuper. Et la liste peut s’allonger, allant des cimetières aux célébrations en passant par la formation religieuse.

Une réforme électorale et constitutionnelle est vivement souhaitée afin que les musulmans puissent mieux se prendre en charge. Ainsi, ils respecteront mieux la laïcité de l’État et celui-ci respectera mieux leur liberté de conscience, de pratique et d’association. Cela implique que la masse musulmane doit se réveiller au lieu de s’en remettre à quelques politiciens. Elle doit s’éduquer pour s’engager, tant au sein des institutions du pays avec d’autres citoyens au nom de valeurs universelles, qu’au sein d’instances intrareligieuses qui opéreront dans le cadre de lois communes à tous.

Le défi est gigantesque. Mais il y va de la responsabilité du musulman devant Dieu et de son devoir envers ses semblables. Se concilier avec une éthique musulmane qui cherche un espace pour s’exprimer, au service de l’humanité entière. Être fidèle à sa foi grâce à son engagement intra- et extra-communautaire. Finalement, c’est cela sa voie pour s’approcher de Dieu.