Les tensions entre hindous et musulmans au Bangladesh ne seraient pas qu’une question de religion. Selon Time Magazine, qui y était en reportage, la possession de terres est aussi l’un des enjeux dans la persécution de la minorité hindoue par la majorité musulmane. Alors que le pays vient d’être le témoin de l’une des campagnes électorales les plus sanglantes, le district de Satkhira, a été la scène, depuis un an, de nombreuses violences.

Subhash Ghosh, qui habite la région, explique au Time que les hindous sont toujours visés, peu importe ce qui se passe au Bangladesh. A la mi-décembre, des activistes du Jamaat-e-Islami (JI), le plus grand parti islamiste du pays, ont débarqué chez lui. « Ils sont arrivés vers 9 h 30 et ont incendié ma maison avec de la poudre à canon et des cocktails Molotov », poursuit Subhash Ghosh, 63 ans. « Si nous quittons le pays, tout le monde prendra ce qui nous appartient. Je ne peux pas partir. »

C’est que la pression sur les terres est énorme. Bangladesh est l’un des pays les plus peuplés – plus de 160 millions de personnes – avec, en outre, de forts risques d’inondation sur une bonne partie de ses 148 000 kilomètres carrés.

Considérant la proximité de Satkhira au territoire indien, la logique à l’œuvre est simple : « On brûle leurs maisons, ils quittent le pays, et on récupère leurs terres », explique Jyotrimoy Barua, avocate à la Cour suprême. Qui ajoute : « Dire que c’est seulement politique légitimise la violence. »

La peur des JI est telle dans de nombreux villages que beaucoup d’enfants hindous ne vont plus à l’école. Les adultes ne s’aventurent pas dans les ruelles. Même la police hésite à se rendre dans certaines zones.

Le parti au pouvoir, l’Awami League, n’est pas en reste. Certains de ses dirigeants locaux sont pointés du doigt. On les accuse d’attiser les tensions communautaristes pour s’enrichir. Car au final, AL et JI courtisent le même groupe d’électeurs, souligne l’avocat Jyotrimoy Barua. « Celui qui perd blâme les hindous. »

Photo : Dans certaines régions du Bangladesh, des islamistes s’attaquent aux hindous et à leurs maisons, espérant ainsi les faire partir.