Tel était le thème de campagne d’Amnesty International en 2005 à Maurice.

Tous les billboards, sites Internet, la presse orale et écrite devraient toujours la poursuivre en 2014 !

Aux derniers jours du mois de janvier, trois femmes ont été assassinées à Maurice.

Géraldine, 22 ans, meurt suite aux coups de couteaux infligés par son « ancien » copain.

Selvina, 26 ans, est poignardée par un ex-amant.

Deepa est étranglée par son conjoint, avant d’avoir le corps broyé.

On s’indigne devant des projets de centrales à charbon, devant des inondations meurtrières, à juste titre, certes.

Mais s’indigne-t-on suffisamment devant cette île Maurice qui baigne dans la violence et  les crimes ?

La presse relate ce type de violence dans la catégorie des « faits divers ». Ce n’est pas un fait divers ! C’est un problème d’ordre social important.

A Maurice :

En 2010, 2 215 situations de violence de couple sont rapportées au Family Support Bureau. 88 % des victimes sont des femmes.

En 2011, 89 % des 1 817 cas dénoncés sont des femmes.

En 2012, 93 % des 2 521 cas dénoncés sont des femmes.

En 2013, de janvier à mai 2013, 1 065 cas dénoncés dont 91 % de femmes.

Et cela ne concerne que les cas rapportés !

Les hommes sont aussi victimes de violence de couple, mais ils sont moins nombreux et la dénoncent moins.

La violence de couple – sexuelle, verbale, psychologique et physique – est omniprésente dans le monde.

Et l’auteur de ces violences, voire de ces meurtres, est une personne très proche de la victime. Souvent, celui qu’elle choisit pour partenaire de vie.

En France, les femmes victimes d’homicides ont été tuées, pour 85 % d’entre elles, par leur mari, partenaire ou intime proche, selon le psychiatre Roland Coutanceau (2006).

Aux Etats-Unis, selon le FBI, 1/3 des femmes victimes d’homicide ont été tuées par leur partenaire. (Mercader, Houel, Sobota 2008).

Dans de (trop) nombreux contextes socioculturels, la violence à l’égard de la femme est normalisée et banalisée.

Les claques, les lacérations, les jets d’acide, etc. sont justifiés par les agresseurs ou leur entourage. Car le repas n’est pas prêt quand le mari l’exige, les vêtements ne sont pas repassés, ou le conjoint pense que sa femme le trompe.

On entend bien trop souvent : « Li merite, li provok li », ou encore : « Je dois avoir des rapports sexuels avec mon mari, c’est mon devoir conjugal ».  Et ce, dans tous les milieux sociaux !

A Maurice, c’est seulement en 2012 que 8 viols sont dénoncés au sein des couples, au Family Support Bureau.

Il était temps !

Car il n’y a jamais eu de relation sexuelle par devoir conjugal, sauf dans les mentalités !

Une relation sexuelle a lieu avec le consentement et le désir des partenaires.

La violence n’est en aucun cas justifiée.

La psychiatre et psychothérapeute Marie-France Hirigoyen parle de la « puissance apprise de l’homme », cette perception de la supériorité de l’homme par rapport à la femme, expliquant cette expression locale trop fréquente : « Mo mem mari dan lakaz ! »

Ce facteur est l’un des multiples facteurs explicatifs de la violence.

Comme celui d’avoir été témoin de violence dans l’enfance.

Quelles conséquences cette violence a eu pour les enfants de ces 3 femmes victimes ?

Géraldine était enceinte de jumeaux. Ils sont décédés.

Selvina a été assassinée devant ses 3 enfants de 2, 4 et 6 ans.

Deepa laisse un enfant de 12 ans.

Outre les conséquences physiques de la violence de couple pouvant mener à la mort, les conséquences psychologiques, sociales et sur la vie sexuelle des victimes sont importantes.

Les conséquences sur les enfants sont très lourdes.

On observe des troubles du comportement (comportements agressifs), des symptômes de stress post-traumatique, surtout chez les enfants de moins de 3 ans (Robert, 2002), un rendement scolaire plus faible, des comportements antisociaux et délinquants à l’adolescence, etc.

Faut-il attendre le 25 novembre, Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes, pour réagir ponctuellement ? Dans les campagnes de Men Against Violence ou Soroptimist ? Faut-il plus d’engagement citoyen dans SOS Femmes ?

Faut-il plus d’ouverture de cœur et d’esprit pour donner à La Femme tout le respect qui lui est dû ?