Dès hier soir, les émissaires se sont mis à l’œuvre. Le téléphone a sonné à de nombreuses reprises, les va-et-vient ont même redoublé depuis ce matin. Derrière ce déboulement, des deux côtés de la barrière, un seul objectif : restaurer la confiance mise à mal par quelques formulations jugées maladroites dans le document reçu par Paul Bérenger hier soir, vers 20h30. Le leader du MMM n’avait pas caché sa réaction « très négative » après la lecture de cette version quasi-finale de l’accord électoral Travailliste-MMM.

Mais qu’est-ce qui a réellement froissé Paul Bérenger dans cet accord (quasi) final ? Il nous revient que deux éléments ont conduit au ras-le-bol côté mauve. Durant les discussions au sommet, Navin Ramgoolam et Paul Bérenger s’étaient entendus pour que la réforme électorale et institutionnelle soit votée très vite après l’arrivée au pouvoir d’un gouvernement rouge-mauve. Or, dans la version transmise à Bérenger, le vote de la réforme et, par conséquent, la démission de Navin Ramgoolam et sa candidature à l’élection de président de la République sont décalés.

Deuxième couac, l’équilibre des pouvoirs et la répartition des prérogatives entre le chef de l’Etat et le Premier ministre. Dans la dernière version de l’accord, certains domaines – comme la diplomatie – ont été réservés au chef de l’Etat. Or, même s’il a été entendu que le président disposera de pouvoirs et de prérogatives étendus sur cette question, une participation du Premier ministre à la politique étrangère avait également été souhaitée et apparemment agréée. Le malaise est ainsi né de l’apparente marche arrière sur ces questions.

Ces désaccords sont néanmoins jugés non fondamentaux car ne remettant pas, par exemple, en cause la sacrosainte répartition 30-30 des tickets. Le blocage actuel est donc jugé surmontable des deux côtés de la barrière. On estime même que l’énervement de Bérenger n’est, en fait, dû qu’à quelques maladresses de rédaction dans la dernière version de l’accord remaniée par Ramgoolam .

Ce document existe depuis mi-juin. Les pourparlers rouge-mauve ayant déraillé à ce moment-là, le camp rouge accepte alors de faire un geste de bonne volonté : la rédaction d’un document écrit. C’est Bérenger qui rédige la première ébauche de l’accord. Satisfait des grandes lignes de ce document, Ramgoolam confie alors à Rama Sithanen la délicate tâche de le formaliser et de l’étoffer. Chose qui est faite assez rapidement. Du coup, Ramgoolam et Bérenger s’entendent assez vite sur l’essentiel du deal. Il ne reste ainsi que « quelques points à peaufiner », de l’aveu même du Premier ministre.

Mais durant les derniers jours, Ramgoolam a apporté quelques changements à l’accord. Laissant au passage quelques éléments jugés maladroits par la hiérarchie mauve. Loin de crier à la manipulation caractérisée ou à la mauvaise foi, les mauves estiment néanmoins que l’apport de Rama Sithanen devrait contribuer à régler les petits différends. Cependant, le scribe officiel de l’alliance PTr-MMM est actuellement en déplacement à l’étranger.

Pour cette raison, mais aussi pour se donner du temps de rétablir la confiance, le bureau politique (BP) du MMM pourrait ne pas recommander une décision finale au comité central cet après-midi. Dans ce cas, et dans un geste d’apaisement envers Ramgoolam, le BP mauve pourrait attendre ce lundi pour arrêter sa décision. Toutefois, au MMM, on estime que Bérenger est pris en tenaille entre sa volonté de permettre à Navin Ramgoolam de démontrer sa bonne foi et le ras-le-bol qui gagne lentement ses troupes. Dont une partie semble penser que Ramgoolam tardera encore avant d’arrêter sa décision. Un temps de latence qui, selon les cadres du MMM, érodera davantage la crédibilité du parti et de ses dirigeants.