Les mots manquent pour qualifier l’attitude de Maurice Allet. Quoique « Roi des carapates » ou « Maître ès Girouettes » semblent être les deux termes les plus appropriés pour qualifier le personnage.  Il convient ici de rappeler le parcours exceptionnellement cohérent de ce grand homme politique !

Voici, en condensé, la vie et l’œuvre (encore inachevée) d’Allet…

En 2005 : le PMSD brigue les suffrages au sein d’une alliance MMM/MSM/PMSD. Le bloc perd et le parti se retrouve dans l’opposition. [C’est le Parti Mauricien Xavier Duval qui représente alors l’autre frange bleue, le PMSD étant dirigé par Maurice Allet.]

En 2006 : le PMSD passe au gouvernement, pour « donner un coup de main » au pays.

En 2007 : Insatisfait de l’action du gouvernement, le PMSD repasse dans l’opposition.

En 2009 : Mécontent de l’allocation des tickets par son partenaire MMM dans le cadre des prochains scrutins, le PMSD songe à rompre avec celui-ci. La possibilité d’une réconciliation, voire d’une fusion avec le PMXD, alors au gouvernement, est à l’agenda.

En 2009 : La réunion de « la grande famille bleue » se concrétise. Le PMSD et le PMXD ne font plus qu’un et Maurice Allet jure désormais fidélité à Xavier Duval et assume la présidence du PMSD.

En 2011 : Maurice Allet est nommé Chairman de la Mauritius Port Authority (MPA).

En 2013 : Histoire d’aider l’ancien Attorney General Yatin Varma, en difficulté après son accident à Quatre-Bornes, Maurice Allet se propose de jouer au médiateur avec la famille de la personne ayant percuté la voiture de Varma. Il est demandé à Allet de démissionner de son poste à la MPA. Il reprendra son poste après la décision des autorités de ne pas le poursuivre.

En 2014 : En juin, au moment où le PMSD claque la porte du gouvernement Ramgoolam, Maurice Allet est « porté manquant ». Ce qui force la direction du parti Coq à lancer un avis de recherche pour le retrouver.

En 2014 : Allet n’a pas disparu, il est bien là, et jure désormais fidélité à Navin Ramgoolam après le départ de Xavier Duval du gouvernement. L’ancien président bleu affirme même que l’actuel leader « mène le PMSD au suicide ».

En 2014 : Quelques jours après les élections générales remportées par le trio MSM/PMSD/ML,  Allet se dit prêt à réintégrer la basse-cour bleue car il « regrette » de l’avoir quittée. La direction du PMSD refuse.

En effectuant quelques recherches pour reconstituer le parcours d’Allet, nous sommes tombés sur un article écrit en septembre 2007. Sa relecture paraît de circonstance. Il permet de comprendre la disposition d’esprit de Maurice Allet (qui était alors leader du PMSD).

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Les « bouts » ratés du PMSD

Le PMSD ne se laisse pas faire. Si on le cherche, on le trouve. C’est, en substance, ce que dit le leader de ce parti, Maurice Allet, en bombant le torse cette semaine. Après avoir claqué la porte de l’Alliance sociale. La réaction d’orgueil et d’exaspération peut se comprendre.

Mais les exemples qu’a choisis le leader du parti pour expliquer cette opération « lev pake ale » du gouvernement peut dérouter. À écouter Maurice Allet, son parti n’a pas rejoint le gouvernement « pou gayn so bout ». D’ailleurs, le chef des Bleus souligne à double trait le fait que le PMSD s’est associé à la majorité gouvernementale « sans conditions».

Ce doit être la nature profonde du politique. Chassez le désir d’avoir son bout et il reviendra au triple galop. C’est ce qu’a semblé démontrer Allet lui-même lors de sa conférence de presse de vendredi dernier. En laissant bien vite comprendre à son auditoire que les récentes sorties et propos jugés « racistes » de Ramgoolam et d’autres membres du gouvernement n’étaient qu’un prétexte pour justifier ce départ.

Car si l’on écoute bien Allet, le vase était déjà rempli, avant même que Ramgoolam ne demande si Guimbeau, le leader adjoint du parti du Coq, « est son dieu ». Non, avant cet incident, il y a eu ceux où la distribution de bout ne s’est pas passée comme l’aurait souhaité le PMSD.

Il y a d’abord cet épisode de l’élection du maire de Beau-Bassin-Rose-Hill. Allet croyait dur comme fer que le manteau de premier magistrat de la ville devait aller à Daniel Émilien, « un fils de cité Barkly dont la nomination aurait eu valeur de symbole pour ce gouvernement ». Malgré la parole donnée par le PM, le leader du PMSD recevra un « coup de poignard » dans le dos. À la suite duquel il fera savoir à Ramgoolam qu’il est « bien en colère ».

Mais la distribution de bouts se passe aussi ailleurs. Dans les ministères, par exemple, où le recrutement à certains postes de travailleurs manuels se fait sans la lourde intervention de la Public Service Commission. C’est dépité qu’Allet avoue n’avoir « fer rant zis de trwa kamarad dan gouvernernman ».

Toutefois, le calme de Maurice Allet tient bon jusque-là. Il croit en ce Premier ministre « rassembleur » et se dit que certaines mesures sociales sont en train d’être prises. Un certain malaise commence pourtant à se faire sentir entre le gouvernement et le secteur privé. Mais Allet prend son mal en patience. Il y a trop de choses en jeu. Un ministère peut-être ? Ou alors des postes dans les municipalités ?

C’est justement à ce sujet qu’une « goutte d’eau a fait déborder le vase », explique Allet. Qui démontre le manque d’esprit arithmétique qui a cours au gouvernement. « Il y avait à peu près 50 personnes qui devaient être recrutées dans les municipalités. J’ai espéré que le PMSD aurait sa part du gâteau. » Mais il n’en sera rien. Pour toute pitance, la hiérarchie de l’Alliance sociale lui propose quatre postes… au pis aller cinq ! En lui précisant : « Si to pa kontan, gete ki to pou fer ».

C’en était trop pour Allet. On peut attendre son bout pendant un temps, mais laisser le Premier ministre insulter son adjoint et utiliser un langage guerrier contre « un groupe » de la population, tout en attendant son bout, ce n’est plus possible. Alors sans attendre une quelconque part du gâteau, Allet et Guimbeau, pour prouver qu’ils ne sont pas des roder bout, sont allés chercher réconfort et soutien auprès de l’opposition. Où, bien évidemment, il n’y a aucun bout à prendre pour le moment. À moins qu’elle ne revienne au pouvoir…