La juge Ah Foon Chui Yew Cheong a donné raison à Satyajit Boolell. Plus tôt ce mardi, le Directeur des poursuites publiques a juré un affidavit en Cour suprême, demandant à celle-ci d’émettre une injonction « preventing, prohibiting and restraining the Respondents [ICAC et Commissaire de police] from acting upon, and giving effect to, the letter of 13 July 2015 issued by Respondent No. 1 [ICAC] and/or investigating me » et « preventing, prohibiting and restraining the Respondents from effecting my arrest ». Faute de l’injonction, Satyajit Boolell avait demandé au juge de contraindre l’ICAC et le Commissaire de police à motiver leur décision d’interroger et/ou de l’arrêter sous peine de l’émission de l’injonction réclamée. Tranchant la première partie du litige, la juge Ah Foon Chui Yew Cheong a demandé à l’ICAC de se présenter devant elle, ce mercredi, pour justifier sa décision d’interroger le Directeur des poursuites publiques (DPP).

Afin de soutenir ses dires, le DPP soumet une foule de détails au fil des 60 paragraphes de son affidavit. D’emblée, Boolell nie sa culpabilité dans un éventuel délit de conflit d’intérêts : « I aver that the imputed allegations are frivolous, baseless, malicious, intended to harm my reputation and to prevent me from exercising my duties as DPP independently. Moreover I aver that the conduct of any such investigation is calculated to oust me from office ». Plus loin, il explique ainsi avoir assisté à une réunion avec les officiers du ministère du Logement et des Terres en tant que directeur de Sun Tan Hotels. « I was not acting as a public official within the meaning of the POCA », précise-t-il.

Satyajit Boolell détaille égalemement les raisons pour lesquelles il ne pouvait influencer les décisions administratives par rapport au dossier de Sun Tan Hotels. « As DPP, I had no function nor any duty to perform nor any official business to conduct in relation to the grant of leases of state land, the fixing of rent or any conditions attached to the leases. I attended the said meeting in my private capacity for the purpose of making representations for and on behalf of Sun Tan », explique le juriste.

Selon le DPP, ses récentes tracasseries s’inscrivent sur un fond politique. Il égrène ainsi les poursuites qu’il a initiées contre Pravind Jugnauth et Showkutally Soodhun, tous deux trouvés coupables, ainsi que contre Prakash Maunthrooa, chief of staff du Premier ministre sir Anerood Jugnauth. « I aver that the complete lack of reliable and independent evidence of any wrong-doing on my part that would warrant an investigation supports the inescapable inference that the decision to refer, and the decision to open an enquiry were made for improper and oblique motives and not because there is a proper basis for them », assène-t-il. Avant d’expliquer plus loin que ce sont, selon lui, ces mêmes motivations qui expliquent la décision du gouvernement de « merge the ODPP with the Attorney General’s Office ».

Poursuivant sur la lancée, Satyajit Boolell cite de nombreux exemples qui prouvent, selon lui, que l’ICAC et certains de ses cadres ont outrepassé leur devoir de réserve et d’indépendance dans le cadre d’une affaire mettant en cause un membre du gouvernement. Le DPP fait également état de ses discussions avec un ancien juge de la Cour suprême qui aurait agi en tant qu’émissaire. « On Thursday 09 July 2015, he called me saying that he had been entrusted with a “delicate mission” and invited me to meet him (…) I subsequently found out that the “delicate mission” consisted in convincing me to step down as DPP », révèle Boolell.

Ces faits ainsi que d’autres avancés par Satyajit Boolell le mènent à conclure que la « real intention behind this investigation is to embarrass and undermine me in my office so that it would be difficult, if not impossible, for me to carry out my functions and I should be under a compulsion to resign », avant d’expliquer que son éventuelle arrestation n’a que pour but de « circumvent my security of tenure of office guaranteed under the Constitution and prevent me from exercising my duties and functions as DPP in full independence ». L’ICAC aura l’occasion de donner sa version des faits demain.