La dernière audience dans l’affaire Roches-Noires pour cette année a repris ce jeudi, 13 décembre en cour intermédiaire. C’est en larmes que Kalindee Bhanji a répondu aux questions de la poursuite. Une audition qui a pris plus d’une heure et demie, nécessitant même une pause d’une dizaine de minutes, le temps que la fonctionnaire se reprenne.

Permanent Secretary de 2005 à 2014 sous l’ancien Premier ministre, Navin Ramgoolam, elle était aussi responsable du Private Office au Prime minister’s Office. Les questions de la poursuite portaient sur une déposition qu’elle avait faite au Central Criminal Investigation Department en 2015, concernant le téléphone qu’utilisait alors Premier ministre, Navin Ramgoolam. Les réponses de l’ancienne PS étaient loin d’être simples. Et ses difficultés à répondre flagrantes.

Si elle confirme avoir signé la déposition, Kalindee Bhanji avance toutefois ne pas se rappeler le contenu. Me Mohanasundary Naidoo, pour la poursuite, lui cite un extrait de ses déclarations : «As far as I can recall, upon request of the Prime Minister, a cellphone was purchased under the established procedure and then allotted to the PM.» Maintient-elle cette version ? Celle qui est aujourd’hui à la retraite ne se souvient pas.

«There was too much pressure», dit Kalindee Bhanji avant de s’effondrer en larmes. La pression à cause de l’enquête policière était énorme, fait comprendre le témoin après une suspension de séance. Cela a même eu un impact sur sa santé, a-t-elle soutenu à la barre. Et d’expliquer, la voix tremblante, que la police et l’Independent Commission against Corruption lui téléphonaient «tous les jours» pendant «plus de dix mois». Bhanji a été entendue une fois pendant quatre à cinq heures d’affilée sans qu’elle puisse déjeuner. En salle d’interrogatoire, elle était face à sept à dix personnes…

«Avez-vous dit la vérité ?» a insisté Me Naidoo. Bhanji déclare être certaine d’avoir dit la vérité. Mais qu’elle ne savait pas ce que notaient les enquêteurs. Non, elle ne se rappelle pas du numéro du portable en question. L’ancienne PS ne se rappelle pas de la requête pour ce téléphone, expliquant que les requêtes étaient nombreuses. Dans le cadre de la procédure d’acquisition de ce type, son rôle se bornait à examiner les documents et à les approuver. En fonction des règlements en place. Elle ne souvient pas non plus à qui le numéro de portable avait été attribué.

Les réponses de Kalindee Bhanji sont lentes, parfois hésitantes, à peine audibles. Surtout, elles ne satisfont pas Me Naidoo. A tel point que la Senior Assistant du Directeur des poursuites publiques estime n’avoir «pas d’autre choix» que de la traiter en témoin «hostile». Une motion qu’a refusée le magistrat Raj Seebaluck, arguant qu’on ne peut pas traiter un témoin d’hostile simplement juste parce que sa manière de répondre ne convient pas à la poursuite.

Le Parquet veut réserver son droit d’interroger le témoin plus tard. Le magistrat Seebaluck insiste : la poursuite doit interroger Bhanji durant cette audience. Me Naidoo y renonce.

L’ACP Callee confirme la présence de l’ex-DCP Sooroojebally à Roches-Noires

L’ancien Deputy Commissioner of Police Rampersad Sooroojebally l’a introduit à Rakesh Gooljaury. L’Assistant Commissionner of Police (ACP)  Yashwantdeo Callee a insisté sur ce point en Cour intermédiaire, le jeudi 13 novembre. Le haut gradé l’a appelé vers 6 heures le 3 juillet 2011, lui demandant de lui rencontrer pour une «affaire sérieuse».

L’ACP Callee, qui était alors assistant surintendant, l’a rencontré à Rivière-du-Rempart accompagnée d’une équipe. Tous se sont rendus au bungalow de Roches-Noires.

Après l’avoir présenté à l’homme d’affaires Rakesh Gooljaury, Sooroojebally a donné des instructions au PS Bhujun de prendre sa déclaration, a soutenu l’ACP Callee à la barre.

Durant son contre-interrogatoire, l’avocate de Rampersad Sooroojebally a présenté des relevés téléphoniques qui comprenaient aussi les relevés de localisation. Selon ces données, argue Me Narghis Bundhun, son client n’était pas à Rivière-du-Rempart à l’heure mentionnée. C’est bien l’ex-DCP Sooroojebally qui l’a introduit à Gooljaury, maintient le témoin.

Le procès reprendra le 24 janvier devant les magistrats Raj Seebaluck et Bibi Razia Janoo-Jaunbocus.

Navin Ramgoolam ainsi que les anciens DCP Dev Jokhoo et Sooroojebally sont poursuivis pour entente délictueuse. Ils auraient dissimulé le véritable déroulé d’un cambriolage au campement de l’ancien Premier ministre à Roches-Noires dans la nuit du 2 au 3 juillet. Ramgoolam, a affirmé l’homme d’affaires, l’a incité à mentir sur les événements de cette soirée.

Lors de son audition, Gooljaury a ainsi indiqué que Navin Ramgoolam et la patronne d’Airway Coffee, Nandanee Soornack, avaient été surpris par un voleur. Selon Rakesh Gooljaury, il aurait accepté de mentir à la police sur les instructions de l’ancien patron du service de renseignements, le DCP Dev Jokhoo, et de l’ancien DCP Sooroojebally.