« Linn fer malelve ar mwa. » Déclaration d’une fillette de 10 ans à des policiers d’Albion fin janvier. Un ex-conseiller de village aurait abusé d’elle à plusieurs reprises.

C’est capital que cette enfant ait réussi à dire ce qu’elle subissait.

Et précieux que ses parents l’aient crue. Et portent plainte contre le présumé agresseur !

Chaque année à Maurice, environ 300 cas d’abus sexuels sur les enfants sont rapportés au Child Development Unit (CDU), instance dépendant du ministère de l’Egalité des Genres, du Développement de l’enfant et du Bien-être de la famille.

En france, selon le Service national d’accueil téléphonique pour l’enfance maltraitée  en 2001, 45 % des violences sexuelles concernent des enfants de moins de  9 ans.

30 % des enfants victimes auraient moins de 5 ans. 36 % entre 6 et 11 ans. 34 % entre 12 et 14 ans, selon l’Observatoire de l’action sociale décentralisée.

Environ 21 % de la population recensée à Maurice fin 2011 sont des enfants de 0 à 14 ans.

Ces 300 cas rapportés chaque année reviennent à 0,12 % des enfants mauriciens de 0 à 14 ans qui sont victimes d’abus sexuels.

Or, en Europe, 1 enfant sur 5 aurait été victime d’abus sexuels (OMS 2010). En Inde, 53 % des enfants (Infochange 2011).

Dans une enquête menée par des psychologues en 2012 à Maurice, sur 853 élèves du secondaire interrogés, 9 % disent avoir été confrontés à la violence sexuelle.

Alors comment se fait-il que seulement 300 cas (même si c’est déjà trop !) sont rapportés chaque année à Maurice ? Les autres enfants victimes continuent d’être au contact de l’agresseur sexuel, continuent donc d’être abusés ?

L’agresseur sexuel est, dans plus de 90 % des cas, un proche de l’enfant et de sa famille.

Il est difficile pour un enfant de le dénoncer. Pour protéger l’agresseur. Ou par peur de « briser la famille », souvent ressentie et véhiculée dans les familles.

Le silence est lié au poids du secret, au sentiment de honte (Jenkins, 2004), de culpabilité ou par déni. Lié au tabou, aux menaces de l’agresseur (Gabel 1992), à la peur des représailles. A la peur de ne pas être cru(e) par l’entourage.

Comment est accueillie la parole de l’enfant qui dit ce que son père, sa grand-mère, sa nounou, son enseignant lui a fait ? Qui dit qu’un adulte ou quelqu’un de plus âgé « inn fer malelve » ? Est-il cru ? Protégé ?

Faute de pouvoir le dire, il le met souvent en actes. Un enfant victime d’abus sexuels se masturbe souvent beaucoup.

Il peut mimer une fellation en mangeant une banane ou passer la serpillière entre ses cuisses. Il peut se frotter contre la jambe d’un adulte, demander qu’on le masturbe,  agresser sexuellement un autre enfant, faire des dessins sexualisés…

Non, cet enfant n’est pas mal élevé, ni pervers. Il essaie juste de dire que quelque chose dysfonctionne. Il ne peut ou ne sait le mettre en mots.

Il est capital de décoder son message.

Enseignants, éducateurs, parents, citoyens, regardons et entendons les appels au secours !

Un enfant n’a pas la maturité psychique pour inventer des propos tels que « tonton a mis son doigt dans mon poum » ou « mon papa caresse mon zizi ». Il faut le croire et le protéger !

Les preuves matérielles dans les situations d’abus sexuels sont rares.

Sauf s’il y a eu pénétration anale ou vaginale et que l’enfant est examiné très rapidement par un médecin.

Quand les fact-finding committees mentionnent qu’il n’y a aucun témoin qui a vu l’adulte agresseur avec une mineure. Ou qu’on lit le compte-rendu d’un procès mentionnant qu’il y a de « l’exagération dans les propos de l’adolescent lorsqu’il lui a été demandé plus de détails sur ce qui s’est passé ». Est-ce une blague ?

Croyez-vous qu’un agresseur sexuel va abuser d’un enfant ouvertement ?

Croyez-vous que quand il demande à un enfant de le masturber ou de lui faire une fellation, il y aura des preuves ?

Croyez-vous qu’il est facile à un jeune de détailler les abus sexuels subis à plusieurs personnes ?

Sa parole est primordiale !

N’hésitons pas à appeler la CDU au 113. Les officiers doivent prendre toute requête en considération, même anonymement.

Le Bureau de l’Ombudsperson for Children : 454 30 10

La police : 999

Informations : [email protected] ou sur Facebook