A peine le Commissaire des prisons a-t-il mis en garde les nouvelles recrues contre les sirènes de l’argent facile que les services de renseignement de l’administration carcérale ont intercepté ce jeudi matin un gardien avec près de Rs 500 000 de drogue (photo) destinée à un caïd en détention préventive. L’officier Mukesh Mungul, qui compte plus d’une décennie de carrière, a été intercepté peu avant 8 heures à l’entrée de la Prison centrale, à Beau-Bassin, avec 25 grammes d’héroïne et 20 grammes de drogue synthétique qu’il était censé remettre au caïd Wensley Bhadhoodeenkhan, plus connu sous le sobriquet de Toto.

«C’est très triste. Rien que lundi, j’ai rappelé aux gardiens leurs responsabilités. L’officier qui a été appréhendé était déjà sous surveillance et ses collègues lui ont demandé de cesser ses activités en lui rappelant qu’il avait des enfants à charge. J’ai personnellement parlé au patron de l’ADSU afin qu’une enquête soit diligentée afin de remonter jusqu’à ses contacts et celui qui lui a remis la drogue. I will go to ICAC and FIU si besoin est», lance Vinod Appadoo qui avait anciennement dirigé la Brigade antidrogue.

Le garde-chiourme, qui a avoué qu’un ancien détenu récemment libéré lui a offert Rs 30 000 pour faire la mule, a été remis à l’Anti Drug and Smuggling Unit (ADSU) de la Western Division. L’argent a aussi été retrouvé parmi la drogue et la transaction s’est déroulée aux abords de l’hôpital psychiatrique Brown-Séquard peu avant qu’il ne se présente à son poste. Que ce soit au niveau de l’administration pénitentiaire que de la police, on explique que cette drogue allait valoir quasiment le triple du prix du marché à l’intérieur de la prison.

A titre indicatif, la valeur d’un gramme d’héroïne est estimée à Rs 15 000 alors que celle de la drogue synthétique est de Rs 5 000. En prison, le prix atteint des sommets, car rien qu’une cigarette peut se monnayer jusqu’à Rs 300.

Affecté à la salle des visites, Mukesh Mungul a longtemps été soupçonné d’introduire de la drogue pour des détenus, mais rien de compromettant n’avait été trouvé sur lui. Wesley Bhadhoodeenkan, son contact, vient d’être placé en détention à la prison centrale. Il avait été arrêté en octobre dernier après huit mois de cavale dans l’affaire des 12 749 tablettes de Subutex valant Rs 31 millions saisis à Roche-Bois.

L’homme chez qui le stock avait été découvert, Nelson Louis Dovic Nabab, avait dénoncé Wensley Bhadhoodeenkhan. Mais il ne l’a pas «identifié» peu après son arrestation. Le caïd est aussi dans le viseur de l’Independent Commission against Corruption (ICAC) pour blanchiment depuis maintenant deux ans. Deux de ses hommes de main ont été interrogés, car leur train de vie ne correspond pas à leurs revenus. Ils résident dans ses campements dans la région de Pointe-aux-Canonniers et sont actionnaires d’une boîte de nuit de la côte Ouest à la réputation sulfureuse.

Les biens de Wensley Bhadhoodeenkhan ont fait l’objet de saisie conservatoire – «attachment order» – par l’ICAC il y a quinze mois. Il y a un terrain de 270 mètres carrés à Terre-Rouge acheté en 2008 pour Rs 1,3 million, un lopin de terre de 396 mètres carrés à la route Cocoterie, à Roche-Bois, où se trouve son magasin de pièces de rechange, GTO Spare Parts. Deux de ses véhicules et celui de sa compagne, Rachel Larose, sont également sous scellés.

Un temps accusé dans l’enquête sur l’assassinat de Denis Fine, un présumé maillon fort du trafic de Subutex entre Paris et Plaisance tué d’une balle à la tête en janvier 2010 à Pamplemousses, Wensley Bhadhoodeenkhan a été blanchi. Un autre suspect dans cette affaire, Louis Gino Robertson, alias Batman, est son beau-frère. Il a été inquiété après la saisie des Rs 31 millions de Subutex, car une somme de Rs 109 975 a été saisie au domicile qu’ils partagent à Sainte-Croix. Le duo avait aussi été embarqué il y a huit ans, soupçonné d’avoir voulu éliminer Christophe Legrand, un témoin dans l’affaire Denis Fine.

L’ombre de Wensley Bhadhoodeenkhan plane aussi sur la saisie des Rs 600 millions de drogue importés de Madagascar au port de plaisance de Sainte-Rose, à La Réunion, en novembre 2016. Le nom de Toto a été balancé par les trois Mauriciens arrêtés par les services de douane de l’île sœur mais ni l’Adsu, ni les services de douane mauriciens n’ont été en mesure d’établir si c’est bien lui le cerveau de ce trafic entre Maurice et la Grande île.