La Grande-Bretagne réfute point par point les arguments présentés par Maurice qu’elle l’a forcée à lui céder l’archipel des Chagos en échange de l’indépendance. Robert Buckland, le Solicitor General de Sa Majesté, n’a pas manqué de pointer du doigt l’absence d’éléments ou de documents de la partie mauricienne pour prouver ses dires.

A l’ouverture des auditions devant la Cour internationale de Justice (CIJ), à La Haye, hier, Robert Buckland déclare que la CIJ a plutôt été invitée à résoudre une dispute territoriale. Admettant qu’un traitement «honteux» a été infligé aux Chagossiens relativement à leur exil forcé, il persiste quand même à dire que Londres n’a jamais forcé la main de Port-Louis pour l’accord conclu en 1965.

L’avocat général britannique a ainsi fait ressortir qu’il n’était pas «inhabituel» durant la période coloniale qu’un territoire soit placé sous un autre territoire pour des «questions administratives». Il a donc cité les cas des îles de l’Ascension et de Tristan de Cunha, des territoires britanniques situés au sud de l’Atlantique, qui étaient sous le contrôle administratif de l’île de Sainte-Hélène.

«Maurice a présenté un tableau incomplet. Nous nous trouvons dans l’obligation de rétablir les faits», a indiqué Robert Buckland en revenant sur la chronologie des événements qui ont débouché sur la séparation des Chagos en septembre 1965. Il a aussi rappelé que la conférence constitutionnelle menant à l’Indépendance de Maurice devait être discutée séparément du dossier Chagos.

Documents à l’appui, il a ajouté que Sir Seewoosagur Ramgoolam avait été averti de l’importance de mener ces deux discussions séparément. La dispute territoriale n’a débuté qu’au début des années 80 et aucun membre du conseil législatif mauricien ayant participé aux pourparlers n’a déclaré avoir été forcé par la Grande-Bretagne à lui céder les Chagos, a-t-il dit.

Robert Buckland va plus loin pour démontrer que Londres n’a jamais forcé Port-Louis à lui laisser l’archipel : les politiciens mauriciens se sont toujours plaints de n’avoir pas obtenu davantage de compensation, soit de n’avoir pas obtenu un «best deal». Il rappelle qu’ils déploraient n’avoir pas pu obtenir des avantages additionnelles, notamment liés à l’exportation du sucre.

«Si le Parti mauricien (aujourd’hui Parti mauricien social-démocrate : Ndlr) avait été au courant que les Chagos allaient être échangés contre l’Indépendance, ils auraient dit non étant donné qu’ils étaient contre l’Indépendance», précise l’avocat général britannique.